C’est l’histoire vraie aux confins du drame et du délire. Celle qui surpasse toute tentative de fiction. Que ni l’écriture, ni l’image n’épuiseront jamais.

Extrait du film Sarah Winchester, l'Opéra fantôme de Bertrand Bonello
Extrait du film Sarah Winchester, l'Opéra fantôme de Bertrand Bonello © 3e scène Opéra de Paris

L’histoire de Sarah Winchester, fortunée héritière des carabines du même nom, au début du siècle dernier. Infortunée héritière des centaines de milliers de victimes tombés sous les coups de ces fusils. Sarah a perdu un bébé, puis son mari, de maladie. Au travers d’un médium, elle cherche à garder le contact avec l’au-delà. Mais plus que les siens, ce sont, croit-elle, les âmes errantes des morts par balle, soldats éventrés, indiens exterminés, qu’elle se doit d’accueillir.

Sarah achète une grande maison, s’y enferme et l’agrandit sans fin pour y loger, mais aussi pour y piéger les esprits. A la fin, la maison comptera 160 pièces, 10 000 fenêtres, 367 marches, 950 portes dont 467 donnant sur du vide. Vous ne me croyez pas. Pourtant elle existe, cette bâtisse. Vous pouvez la visiter près de San Francisco. On m’a raconté qu’on n’en sort pas indemne, que les gardiens ne vous laissent pas y déambuler, impossible de ressortir seul du labyrinthe.

Bertrand Bonnello en a tiré un court-métrage de 25 min pour le site de l’Opéra de Paris, 3ème scène : c’est gratuit, c’est une mine. Le cinéaste filme Marie-Agnès Gillot aux prises avec ce personnage aspiré par le vide. Il cadre la danseuse étoile de dos. Le dos de Gillot, cette plage massive dévorée, ravinée de muscles anormalement saillants. Le dos d’un écorché.

Gillot n’est pas seule. Il y a celui qui la regarde danser, l’acteur Reda Kateb dans le rôle d’un metteur en scène submergé par la puissance de Sarah Winchester. Où insérer l’acte de création quand la vie déborde à ce point de ce que l’artiste peut symboliser et faire surgir ?

Sarah Winchester, ou la figuration impossible. L’opéra fantôme. Le ballet inutile. Sarah Winchester l’histoire qu’il faudrait absorber à l’intérieur de soi. C’est ça, en substance, que dit Bonnello. Tout sonne faux dans son film au début. Tout, sauf le dos de Gillot et la musique – impressionnante – composée par le réalisateur lui-même. Et puis, le tâtonnement s’efface pour laisser place à l’angoisse. L’opéra Bastille devient la maison hantée. La danseuse, cette femme assaillie par les chimères. Il fait peur ce dédale clos dans lequel la lumière n’entre pas. Il fait peur ce film. Comme de la Winchester House, on n’en sort pas indemne.

►► AU PROGRAMME : « Sarah Winchester, l’opéra fantôme », 3ème Scène, c'est à retrouver sur le site de l'Opéra de Paris.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.