Les témoins
Les témoins ©

Un très beau Téchiné qui entremêle avec finesse les thèmes chers au cinéaste. Le jeune homme arrivé de province, les passions homosexuelles naissantes, les milieux sociaux et culturels qui s’entrechoquent, les amours qui se heurtent aux désirs, le désir qui ne rencontre pas l’amour.

Manu débarque dans le giron d’un vieux médecin, Michel Blanc, égoïste et geignard qui voudrait tant l’avoir pour amant. Il ne le gardera qu’en l’incluant à son groupe d’ami. Une romancière mariée à un flic, un beur qui bosse à la brigade des mœurs. La romancière veut baiser, elle n'en a rien à cirer de la réalité. Le flic, Sami Bouajila, entame de son côté une liaison torride avec le jeune Manu. Bref,trois hommes qui s’attirent et se rejettent . Une femme qui multiplie les mecs. On est à l’orée des années 80, au moment de l'rruption du Sida.

Image extraite du film d'André Téchiné "Les Témoins"
Image extraite du film d'André Téchiné "Les Témoins" © UGC

Tout bascule, parce que l’insouciance fait place à la peur, parce que les appétits de la vie sont menacés par la mort, parce l’ignorance de la maladie engendre paranoïa et répression, parce que le couple et la morale qui va avec deviennent un rempart, un refuge. Les témoins , ce sont eux, les pas contanimés, les miraculés, sauf Manu qui va mourir. Eux qui racontent cette période d’une intensité folle. Et Téchiné de filmer avec une énergie incroyable la pulsion vitale qui meut ses personnages. Il faut aimer, il faut aller au bout de soi, il faut vivre. Inoubliable séquence de danse sur une terrasse ensoleillée au son des Rita Mitsouko.

Et une réflexion très grave, très profonde aussi sur la nature des sentiments. Sur les obligations sentimentales, plutôt. Sur leur âpre réalité. Cette sœur qui ne peut pleurer la mort de son petit frère. Cette jeune maman volage assumée – C’est la romancière, jouée par Emmanuelle Béart – qui laisse pleurer son bébé, boules Quies dans les oreilles et musique à fond pour couvrir les cris. Elle n’éprouve rien, elle voudrait seulement qu’on la laisse écrire. Ce toubib qui a défaut de pouvoir aimer ou être aimé deviendra le fer de lance d’une guerre médicale, politique et médiatique contre le virus. Le combat à défaut de l’amour ou le combat pour sauver l’amour. C’est ça, tout ce film ne dit que ça : il faut sauver la liberté d’aimer ou pas.

Les témoins , d'André Téchiné, c'est dimanche 8 mai sur Numéro 23

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