La BBC et Canal+ ont distribué 75 téléphones portables à des migrants fuyant leur pays. Les images inédites sont diffusées ce soir.

Des migrants fuyant leur pays arrivent sur l'île de Lesbos (Grèce)
Des migrants fuyant leur pays arrivent sur l'île de Lesbos (Grèce) © Getty / Spencer Platt

Ils se sont filmés, depuis la Gambie, la Turquie, la Libye, l’Afghanistan. Dans les barges qui menacent de sombrer au large de la Grèce, dans des pick-ups bondés qui défient le désert, derrière les barbelés, face aux chiens des gardes-frontières. Dis comme ça, ça fait froid dans le dos.

Jusqu’où ira la télévision pour nourrir le spectacle de l’actualité ? Peut-on demander à des malheureux de devenir les journalistes de leur propre tragédie ?

J’ai regardé Exode à reculons, et en moins de deux séquences, je me suis retournée. J’ai fait face, envahie par une douceur à laquelle je ne m’attendais pas. Par les larmes aussi, qui n’ont cessé de couler durant ces deux heures de films.

Qu’est-ce qui m’a fait tant pleurer ? Deux enfants syriens qui se disent adieux sur un trottoir d’Istanbul. Une famille part. L’autre reste. Un père qui voudrait remercier tous les Autrichiens, les faire tous entrer dans sa maison ou même leur donner sa maison, parce que la frontière autrichienne, ça été la fin de la peur, de l’horreur, de la faim, de la boue et de l’indignité.

On se dit qu’en regardant Exode, on va en prendre plein la gueule. Mais on ne se rend plus compte à quel point les JT nous ont vaccinés, mithridatisés. Alors qu’est-ce qui nous fait craquer ? La malice, l’espoir, l’humour, l’impatience de Hassan, Isra’a, Alagie, Sadiq, Ali et toutes ses sœurs impayables sœurs. De ces trois zigs, aussi, qui, du Moyen-Orient sont arrivés en Suède à rollers, offrant au passage quelques minutes de rire, de spectacles et d’applaudissement à la population d’un camp.

Exode allie, et c’est rare, la rigueur journalistique à l’empathie. Ce qui exclut toute forme de voyeurisme ou d’instrumentalisation, qu’il s’agisse des images captées par les portables ou de celles des 15 équipes qui ont rejoint les migrants dans les 35 pays traversés. Exode c’est une main tendue entre le téléspectateur et ces anonymes qui font le 20h.

Vous allez suer d’angoisse à l’idée qu’ils n’arrivent jamais au terme de leur odyssée. Vous allez passer un moment précieux avec des amis que vous savez pouvoir perdre d’un instant à l’autre.

Leur désespoir sera le vôtre, mais leurs victoires aussi. Jamais le pont d’un paquebot, un le goût d’un fish & chips, une patinoire de quartier, une assiette de corn-flakes, ne vous auront autant emplis de joie.

Exode, c'est ce soir sur Canal +, à 21h.

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