Le débat des onze candidats à la présidentielle diffusé sur les chaînes d’info : 6 300 000 téléspectateurs devant BFM TV et CNnews (ex-iTélé). Mais en fait surtout devant BFM TV…

Vincent Bolloré, à la tête des conseils de surveillance de Vivendi et du groupe Canal+
Vincent Bolloré, à la tête des conseils de surveillance de Vivendi et du groupe Canal+ © AFP / ERIC PIERMONT

Hier à 11h, sont tombées les audiences du débat des onze candidats à la présidentielle diffusé sur les chaînes d’info. 6 300 000 téléspectateurs, si on additionne le public de BFM TV et celui de CNews. Un succès. Un tiers des gens devant la télé.

Mais qui a regardé quoi ? Là, ça fait mal. Très mal. Sur les 6 300 000 paires d’yeux, 5 500 000 étaient rivées sur BFM TV, 800 000, seulement, sur CNews. C’est-à-dire sept fois moins. Lors des débats des primaires, même tandem, mais déjà : cinq fois moins de monde devant CNews.

Le programme était pourtant strictement identique sur les deux antennes. Laurence Ferrari, la journaliste la plus populaire de CNews remplissait pourtant pleinement son rôle aux côtés de Ruth Elkrief, siglée BFM TV. Mais rien n’y a fait. Le public a choisi, désertant objectivement l’une pour se rabattre massivement sur l’autre.

CNews s’appelait, il y a encore quelques semaines, iTélé, filiale de Canal+.

Acte 1 : montée en puissance de Vincent Bolloré.

Acte 2 : licenciement sec des dirigeants de la chaîne.

Acte 3 : va falloir composer avec la pub et les sponsors.

Acte 4 : 50 personnes dehors.

Acte 5 : grève.

Acte 6 : arrivée de Jean-Marc Morandini, entre autres nouveautés.

Acte 7 : grève. Grève, la plus longue de l’histoire de la télé.

Acte 8 : 90 départs.

Acte 9 : la chaîne est rebaptisée CNews. Elle n’a que très peu réembauchée.

Acte 10 : attentat à Londres, la chaîne attendra 45 minutes pour être en capacité de couvrir l’évènement. Autant dire une interminable pénitence pour une chaîne d’info continue.

Une pièce en dix actes, c’est long, c’est lassant. La salle s’est vidée. Il y en a un qui n’en revient toujours pas du cadeau que Bolloré lui a fait : c’est Alain Weil, fondateur de BFM Tv. Et dire qu’iTélé était son caillou dans la chaussure. La petite bête qui montait et qui le secondait...

Depuis 48 heures, c’est officiel, LCI est la deuxième chaîne d’info française. Mais loin derrière BFM Tv, parce que LCI, ça fait un an seulement qu’elle est en claire. Souvenez-vous d’Alain Weil, lobbyiste hors pair, enchaînant les interviews en gémissant : « Si LCI passe en clair, on va tellement souffrir… Et en plus, voilà le service public qui si met et qui nous colle une quatrième chaîne info dans les pattes. La France est une anomalie. Le marché s’auto-asphyxie ».

On a cru qu’il allait, à défaut d’attendrir les pouvoirs publics, se noyer dans ses larmes. C’était déchirant. Mais ça ne l’est plus. BFM trône. Mardi, c’était la soirée de l’année pour les canaux tout info. Une touche, seulement, séparait les deux chaînes sur votre télécommande. Sept fois moins de téléspectateurs sur CNews que sur BFM.

Sept, le chiffre est assassin.

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