Le film de Franck Capra est la plus belle chose à regarder cette semaine, tant il résonne avec l’époque. Il date de 1939.

Image extraite de "Mr Smith au Sénat" (titre original : "Mr Smith Goes To Washington") avec dans le rôle de Jefferson Smith : James Stewart
Image extraite de "Mr Smith au Sénat" (titre original : "Mr Smith Goes To Washington") avec dans le rôle de Jefferson Smith : James Stewart © Sipa / RONALDGRANT/MARY EVANS

Mister Smith a l’œil neuf, c'est le naïf, le boy scout aux valeurs sincères donc inoffensives, le brave type qui vit encore chez maman et qui travaille auprès des enfants, le faire-valoir inexpérimenté que propulsent dans l’arène parlementaires des élus aguerris et calculateurs.

Mister Smith, c’est James Stewart, dont les mains immenses, le regard mouillé, le grand corps dégingandé vont pousser l’art de la timidité, de la maladresse, à un sommet de finesse jamais égalée. James Stewart, le seul acteur de sa génération à infuser de la fragilité, pour ne pas dire de la faiblesse, dans la figure positive du héros américain. C’est pour cela, aussi, que James Stewart fut un immense acteur de Western. Une sorte d’anti John Wayne, pour faire simple.

Mister Smith arrive au Sénat, donc. Le film de Franck Capra est la plus belle chose à regarder cette semaine, tant il résonne avec l’époque. Il date de 1939.

Comme aujourd’hui, l’Amérique connaît alors ces hordes de pauvres et de chômeurs jetés dehors par une crise économique monstre quelques années auparavant. Comme aujourd’hui, l’Amérique règle ses comptes avec ces politiques qui ont juré d’être des remparts face à la finance. Comme aujourd’hui, l’Amérique sent monter les poussées virulentes du populisme.

L’idéaliste Mister Smith pliera-t-il pour autant face aux bedonnants sénateurs? Non, il dressera haut l’honnêteté de sa frêle silhouette déséquilibrée, hésitante, jusqu’à s’écrouler.

Et puis, il y a les mots. Capra signe un vibrant hommage à la parole politique, ferment de la vie démocratique. Se faire entendre, tel est le chemin de croix de Jefferson Smith. Prendre la parole. Parler, parler sans arrêt pour ne pas abdiquer. Là aussi, parler est un combat physique. Couvrir le brouhaha de l’hémicycle, la voix puissante des ténors. Faire entendre aussi des mots authentiques face à la parole médiatique, face à la parole manipulée.

Mister Smith au Sénat est un réquisitoire féroce contre la manipulation de l’opinion par une presse à la botte de ses élus locaux. Le Sénat américain au croisement des enjeux régionaux et intérêts nationaux. Fascinant théâtre humain et politique. C’est un film magnifique.

Mister Smith au Sénat, c'est ce soir surArte, à 20h50.

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