Nous, les Français, avons "La recherche du temps perdu". Les Italiens ont "Le guépard". Nous avons Marcel Proust, ils ont Giuesepe Tomasi di Lampedusa.

Image extraite du film "Le Guépard" avec Claudia Cardinale et Alain Delon (1963)
Image extraite du film "Le Guépard" avec Claudia Cardinale et Alain Delon (1963) © Sipa / RONALDGRANT/MARY EVANS

Nous avons la scène de l’Opéra où s’observe tout le faubourg Saint Germain et la fête donnée par la princesse de Guermantes. Ils ont le bal grandiose du prince Don Fabrizio di Salina.

Nous avons le narrateur, jeune bourgeois délicat recherché par les deux mondes, la noblesse déclinante et la bourgeoisie parisienne montante. Ils ont Tancrède, aristocrate impétueux ayant servi dans les colonnes garibaldiennes qui dira à son oncle :

Si nous ne nous mêlons pas de cette affaire, ils vont nous fabriquer une république. Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change.

Tout change. Révolution politique en ces années 1860, révolution sociale, révolution culturelle, révolution des mœurs. Luchino Visconti adapte le roman de Lampedusa et filme magistralement la bascule, la tension, la poudrière d’une société en train de se faire. Mais à défaut de faire l’Histoire, c’est le prince de Salina qui la raconte. Sorte de roi fauve de la race des « lions et des guépards », bientôt remplacés par « les hyènes et les chacals ».

Regard tout en hauteur, donc, et en nostalgie. Récit tenu, feutré, pessimiste, résigné, lucide.

Burt Lancaster est l’intimidant Don Fabrizio di Salina, carrure, prestance, face auquel les parvenus ne baissent plus la tête. Son neveu, Tancrède, soit Alain Delon bâtissant sa légende, devait épouser une cousine de son rang.

C’est la fille du maire si vulgaire, Angelica, dont il tombe éperdument amoureux. Elle a la beauté - Claudia Cardinale dans le film - elle a la fortune qui n’ira bientôt plus de paire avec la particule.

La séquence du bal scelle précisément leur destin, lorsque le Prince fait valser la jeune fille et l’adoube sous les regards mêlés des enrichis et des familles les plus titrées. Quarante minutes de bal, mise en scène magistrale, centaines de figurants en costumes, le Palazzo Gangi éclairé à la bougie, cierges qu’il fallait rallumés à chaque prise. Et Verdi réinterprété par Nino Rota lorsque Lancaster enlace la Claudia. Vous devez absolument revoir cela.

Le guépard, c'est dimanche sur Arte, à 20h45.

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