Ce soir, sur Canal+, démarre « Baron Noir » et au printemps, « Marseille », sur Netflix. La série française plonge enfin dans les arcanes de la politique.

Et il était temps. Vraiment. Car la frilosité en la matière est telle de la part de nos chaines que non seulement le genre est sous-représenté à la télé française, mais que tous les modèles qui ont fait école sont étrangers.

Aux Etats-Unis, The West Wing , d’Aaron Sorkin, la référence absolue, aujourd’hui rattrapée par House of Cards . Elle-même adaptée d’une série britannique d’il y a 20 ans. Car les Anglais n’ont rien à envier aux Américains : State of play , sur les dessous crasseux du lobbying parlementaire a fait le tour du Monde dans les années 90, comme les Danois nous ont subjugués avec les savoureux calculs politiciens de Borgen . Il faut voir comme les anglo-saxons et désormais, les Israéliens et les Italiens cognent avec brio sur leurs élus. Leurs séries se sont imposées tels d’incontournables témoins de leur époque. Foisonnantes, lucides, critiques.

Baron Noir avec Kad Merad
Baron Noir avec Kad Merad © Kwai / Jean-Claude Lother

Chez nous, TF1 et M6 ne s’y sont jamais risquées, estimant que la chose publique n’a rien à faire dans le périmètre imaginaire de la ménagère. France 2 ose en 2006, L’Etat de grâce . Anne Consigny, présidente de la République. Une femme ! Dingue ! Nicolas Sarkozy l’avait mal pris, pensant que l’audiovisuel public prenait parti pour Ségolène Royal. Tout est dit. Il faudra attendre 10 ans pour voir Les Hommes de l’ombre . Encore une femme à l’Elysée, Nathalie Baye, mais un propos et une patte qui ne feront pas date. La fiction ne fait rien surgir de ces secrets d’alcôves, de ces rapports de force qui échappent aux archives officielles, donc aux documentaristes de demain.

La fiction politique française, trop timide sur le présent, ne révère que l’Histoire. Comme si les années passées constituaient une sorte de gilet pare-balle. En la matière, Canal + a véritablement ouvert la voix. Des téléfilms, pas des feuilletons, mais cisaillant brillamment les zones d’ombres de la Vème : le Raimbow Warrior, le SAC sous Pasqua, l’affaire Gorgi. France 3 a dégainé un Robert Boulin qui cognait fort. Un Chirac et VGE, pas tendre non plus.

Avec Baron Noir , la bascule s’opère. L’ancrage dans le réel sans se soumettre à l’Histoire, mais fort d’une histoire suffisamment puissante pour nourrir une série. Une vraie.

Baron Noir démarre ce soir sur Canal+

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