C’est le dernier soir pour voir Vincennes,l’université perdue , un documentaire en forme d' épopée sensible, sur Arte + 7. Racontée par ceux qui l’on vécue, filmée par Virginie Linhart, fille de Robert, grand professeur de philosophie qui y enseigna. A Vincennes, il y a avait des enfants, une crèche et une école pour que les mamans aient accès à l’enseignement. Des cours jusqu’à tard le soir pour les salariés. Il y avait des bourgeois et des prolos, des étrangers, des prostituées, des ados sans le bac, des actions collectives avec grèves et séquestrations pour que les gens du ménage soient embauchés et puissent étudier.

Cette fac mélangeait allègrement la vie et la politique, le militantisme et le savoir. Elle surgit de terre en trois semaines après 68, au beau milieu du bois de Vincennes. Il fallait exiler les excités qui menaçaient de pulvériser Nanterre et la Sorbonne.

De cette urgence sociale nait une utopie, à rebours du fonctionnement hiérarchisé et répressif qui enserre l’université sous De Gaulle. Donner accès aux auteurs vivants, ceux que l’académie réprouvait, mais que lisaient les étudiants. Toutes la gauche et l’extrême gauche intellectuelle converge dans ces nouveaux locaux.

« On poussait une porte, derrière y avait Deleuze qui parlait ; une autre, c’était Châtelet, une autre, Lyotard ; une autre, Foucault » , se souvient un ancien.

A Vincennes, naît le premier département de psychanalyse, ainsi que la première filière cinéma. Ça n’existait pas.

Tout le monde rapplique, des critiques, des Jacques Rivette, des techniciens. Pour l’anecdote, Godard, se propose comme directeur. On lui fait demander s’il est de la famille de Jean-Luc. Il se décourage. Il ne sera pas le seul, Foucault file au prestement au Collège de France. Virginie Linhart ne gomme rien des AG sans fin, des protestations décousues, de la surpopulation, de la dégradation accélérée des locaux qui mèneront à la destruction pure et simple de ce lieu resté clé dans l’histoire de la pensée européenne.

Elle pose sa caméra dans une clairière du bois, sans plaque ni monument. Elle écoute ceux qui en furent, fouille les archives avec une délicatesse exquise et nous laisse réfléchir aux liens très forts qui unirent un jour transmission et subversion.

Vincennes, l’université perdue , c'est à voir sur [Arte+7](Vincennes, l’université perdue, sur Arte+7)

Vincennes, l'université perdue
Vincennes, l'université perdue © Agat Films & Cie
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