Réalisé en 1932, le film de Fritz Lang faisait référence à Hitler et à la montée du nazisme. Le regarder aujourd'hui, depuis une Europe en état d'urgence, ça donne le vertige…

 Otto Wernicke et Rudolf Klein Rogge dans une scène du film "Le testament du docteur Mabuse" dirigé par Fritz Lang (1932)
Otto Wernicke et Rudolf Klein Rogge dans une scène du film "Le testament du docteur Mabuse" dirigé par Fritz Lang (1932) © Sipa / NANA PRODUCTIONS

Fritz Lang engendrera les deux plus grands criminels de l’histoire du cinéma. Deux êtres dont la puissance, la folie meurtrière, le mode opératoire, mais surtout le regard persistent dans toutes nos mémoires et hantent bien plus que le Septième Art. Ils rongent nos consciences et s’imposent comme l’ultime référence de la psychose assassine, du fait divers au terrorisme spectaculaire qui tue dans nos rues. Il y eut M Le Maudit, tueur d’enfant. Il y eu le docteur Mabuse qui perpétra exécutions et attentats. Dans les deux cas, peur panique sur la ville. Le mal est parmi nous. La menace est partout.

La littérature abonde sur la figuration du nazisme montant dans l’œuvre de Fritz Lang. Deuxième opus de la trilogie consacrée à Mabuse, Le Testament sort en 1933. Goebbels fait interdire le film, Lang quitte l’Allemagne. L’allusion à Hitler achevant son œuvre en prison aurait été trop entière. Historiens et critiques se déchirent encore sur le sujet.

C’est le visionnage de ce film aujourd’hui, dans une Europe en état d’urgence, condamnée à l’épouvante par une organisation sans visage, qui est vertigineuse. Car si « testament » du docteur Mabuse il y a, c’est que docteur Mabuse il n’y a plus.

Le génie aliéné, le cerveau diabolique, est interné. Mais depuis sa geôle, il dirige une organisation criminelle totalitaire dont l’emprise sur ses émissaires s’avère sans partage. Les ordres sont donnés par une voix. Une voix ! Brûler, exécuter, sans logique. Faire régner la terreur.

Plus qu’une cité à feu et à sang, Fritz Lang met en scène une enquête policière en but au terrorisme psychologique. L’emprise du docteur Mabuse sur ses sbires, ses proies, ne connaît aucune limite. Même les médecins psychiatres y cèdent. Mabuse meurt. Mabuse demeure. Persécutant de son spectre le clinicien en blouse blanche devenu son pantin. Le Testament du docteur Mabuse est un polar noir, fait de suspens, de fantastique et de politique.

► LE PROGRAMME | Le Testament du docteur Mabuse, c'est ce soir sur Arte, à 22h50.

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