D'un côté, "Le Samouraï", le film de Jean-Pierre Melville avec Alain Delon. Et de l'autre, "Un Singe en hiver" d'Henri Verneuil avec Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin

Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin dans "Un Singe en hiver" d'Henri Verneuil
Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin dans "Un Singe en hiver" d'Henri Verneuil © Getty / Keystone-France

Ce soir la télévision diffuse non pas un, mais deux chefs d’œuvre.

A ma gauche, France 5 propose Le Samouraï, le film de Jean-Pierre Melville avec Alain Delon. Et, à ma droite, Paris Première a programmé Un Singe en hiver, l’adaptation qu’Henri Verneuil a faite du roman d’Antoine Blondin et dans laquelle Gabin et Belmondo tutoient les anges et les sommets. Alors le choix est cornélien parce qu’il s’agit bel et bien là de deux monuments mais dans des genres extrêmement différents.

Le Samouraï, c’est le cinéma de l’image

Celui de la lenteur et de l’épure totale. Melville y filme Delon comme personne ne l’avait fait avant lui, il le regarde quasi amoureusement et tous ses plans sont d’une beauté déconcertante.

Alain Delon avait donné une interview à la sortie du film en 1967 et voyez-donc en quels termes il y parle de Jean-Pierre Melville :

C’est l’homme qui, je crois, connait le mieux le cinéma. C’est le plus grand metteur en scène que je connaisse, c’est le plus grand opérateur, c’est le plus grand cadreur, c’est le plus grand chef opérateur, c’est le plus grand tout ce qu’on veut.

Delon insiste sur la façon dont l’œil du réalisateur l’a impressionné. Et il raconte, aussi, que lorsque Melville est venu le voir, chez lui, pour le convaincre d’interpréter le SamouraÏ, il n’a été question que d’images. Il dit ceci : « Pendant 7 minutes 30, Melville m’a lu son scénario et il n’y avait pas le moindre dialogue, ça m’a séduit, je lui ai dit stop, c’est d’accord, je vais faire ton film. »

Et de fait, le début du Samouraï commence par 8 minutes et 40 secondes, pendant lesquelles on n’entend pas un traître mot.

Un singe en hiver , c’est le contraire : c’est le cinéma des dialogues

Celui des saillies mémorables, un cinéma dans lequel on retient moins les images d’Henri Verneuil que les mots, ceux qu’Antoine Blondin a écrit et que Michel Audiard a magnifiés, transformés en en répliques cultes.

Mais attention, si dans Un singe en hiver, on boit les paroles composées par Audiard, on boit aussi… tout court. Le personnage de Gabin picole pour se sentir vivant, celui de Belmondo pour oublier. Ça ressemble à une ode à l’ivresse racée, à l’ébriété… philosophique. Il n’en est rien. Il n’y a aucun prosélytisme là-dedans car Audiard a très subtilement saisi la tristesse de l’ivresse qui était aussi celle d’Antoine Blondin. C’est donc, d’abord, un film sur la mélancolie et sur la solitude, exactement comme le Samouraï.

Bref, ce soir, regarder les errances d’un tueur à gage solitaire, ou écouter les turpitudes d’un duo tourmenté par le temps qui s’enfuit, il va falloir choisir, vous avez toute la journée pour ça.

► LES PROGRAMMES : Le Samouraï, c'est sur France 5, à 20h55 . Un Singe en hiver, c'est sur Paris Première à 20h45.

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