Ce soir, c'est une nuit américaine d'un autre genre que vous passerez sur France 2.

Einstein on the beach en octobre 2013 à Los Angeles
Einstein on the beach en octobre 2013 à Los Angeles © Getty / Lawrence K. Ho

"Einstein on the beach" est un spectacle télévisuel 100% américain. Vous ne dormirez pas comme lors la précédente nuit américaine qui nous colle tous à la peau, mais au moins, ni migraine, ni gueule de bois le lendemain.

A minuit, démarre sur France 2 l’une des plus grandes œuvres du XXe siècle.

Vous allez passer 5 heures devant un opéra monstre, inclassable, épuré, rigoriste, onirique.

Or, il faut bien ces 5 heures-là pour nettoyer les celles qu’on a grillées devant Franceinfo ou BFM TV.

Et puis, dans ce moment, où d’aucun déplorent la défaite de la culture américaine (comment l’industrie du spectacle a infusé la politique et l’information jusqu’à destruction), « Einstein on the beach » apparaît comme un porte-étendard. L’époque, les années 70, où l’art contemporain américain a essaimé sa radicalité, son exigence et sa renversante inventivité dans le monde entier.

Le livret et la musique sont signés Philip Glass, la chorégraphie de Lucinda Child, et la mise en scène, Bob Wilson. Après ces trois-là, on n’a plus jamais composé, dansé et mise en scène pareil. Plus jamais.

Enfin, « Einstein on the beach » est tellement long, ses décors si extravagants, ses chœurs et son ballet si pléthoriques, qu’il est quasi impossible à monter pour les théâtres. Trop lourd, trop cher. Trop rare, donc, sur scène et toujours à guichet fermé.

A l’opéra, fut un temps où le public sortait marcher, manger, fumer pendant les cinq heures. Vous pourriez faire pareil devant la télé. Ou bien le regarder en replay par petits bouts. Ou bien vous laisser bercer jusqu’à ce que vos paupières soient lourdes, jusqu’à l’orée du sommeil.

« Einstein on the beach » a la puissance hypnotique d’un rêve éveillé.

Le vieil Albert est assis là, à l’avant-scène avec ses bretelles, sa tignasse ébouriffée et son violon. Derrière lui, une locomotive, un wagon, un tribunal, une prison et même un vaisseau spatial racontent moins la vie du génie que ce qui naquit de son cerveau génial. Il fallait donc trouver une forme sonore et visuelle à cet inouï mélange d’intelligence et de poésie. Car la science, à ce niveau de créativité, c’est aussi de la poésie. D’où ces tableaux vivants qui marquèrent à vie tous ceux qui les virent dans la salle. A vie. Je vous souhaite une belle, belle nuit.

« Einstein on the Beach » c’est à 0h20 sur France 2.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.