Frankenstein
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Ce soir, très tard, sur Arte … La première adaptation cinématographique de Frankenstein …

La première, certes, 1931, mais la plus célèbre, considérée par beaucoup comme la matrice du film d’horreur, mieux, du film de monstre. C’est le grand acteur britannique, Boris Kharloff (c’était un pseudo) qui interprète cette créature au faciès couvert de coutures et de cicatrices. Souvenez-vous de ce teint blafard, de ce front haut, exagérément rectangulaire, de cette arcade sourcilière protubérante laissant délibérément les paupières dans l’ombre et le regard comme écrasé par cette masse de chaire à qui on a redonné artificiellement la vie.

Le visage de Frankenstein est une invention de cinéma. Un travail de maquilleur, Mary Shelley n’ayant donné que peu d’indications dans son roman. Or, ce visage est fondateur. Le premier d’une vaste lignée de monstres à visage. Je ne vous parle pas des araignées géantes, des loups, des esprits frappeurs, des dragons, des Alliens, ni des krakens. Non. Je convoque ici les monstres dotés d’une insupportable humanité, pire, d’une conscience. Des monstres qui vous scrutent et vous supplient. Des monstres qui vous font souffrir autant qu’ils souffrent. Avez-vous déjà croisé le regard du Golum dans le Seigneur des Anneaux, celui de Nosferatu, celui King Kong ou de Karaba la sorcière ?

Il y a, dans le visage d’un monstre, toutes nos peurs, toutes nos haines et toutes nos culpabilités. Tout le malheur que leur mélange peut engendrer. Emmanuel Lévinas l’avait très bien expliqué. Le visage, c’est le siège de la morale. Le visage s’offre à vous sans parole, sans défense. Il fait de l’autre un sujet et de vous un être humain qui ne peut nier l’humanité du premier. C’est à dire qui ne peut le tuer. Comment assassiner quelqu’un qui vous regarde dans les yeux ? Le visage de l’autre est une immense responsabilité.

Ce soir, vous allez croiser le visage de Frankenstein. Il n’est que douleur et folie réunies. Vous allez trembler, vous allez pleurer.

Merci Sonia Devillers… « Frankeinstein », sur Arte, ce soir à 00h05… Et on vous retrouve à 9h40 avec l’Instant M sur quel thème ce matin ?

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