Parmi les programmes du week-end j'ai sélectionné "Berlin, le mur du son" sur ARTE, une histoire des clubs underground de Berlin en 1989.

La chute du mur a fait surgir des sons inédits dans un espace de liberté chèrement conquis. Ce documentaire allemand n’est pas formidable, trop court, trop haché et surtout, laissant trop peu de place à la musique. Même si c’est du gros boum-boum qui tâche, c’est dommage. Il n’empêche. L’histoire demeure incroyablement exaltante, 27 ans après. A la fin des années 80, Berlin ouest attire une population interlope : des artistes, des marginaux, des idéalistes qui s’enfilent des lignes de speed. Déjà des clubs illégaux se dopent aux rythmes mécaniques. Parmi eux, le UFO. Comment croyez-vous que la jeunesse de l’Est ait eu accès aux sons qu’on y jouait ? Par la radio. Et oui, le mur n’a pas pu empêcher la dangereuse propagation des ondes hertziennes. En secret, les post-ados sont rivés au transistor. Ils enregistrent sur des cassettes les précieux beat d’Acid House qui leur parviennent clandestinement de l’Ouest.

Fernsehturm, Berlin
Fernsehturm, Berlin © Arild Vågen / Arild Vågen

En 89, la frontière tant haïe vole en éclat et c’est la ruée. Ils ont foncé dans cette boite tellement fantasmée. C’est le choc des cultures, deux jeunesses se font face, tout les sépare, la musique va les réunir. Ces disques venant de Chicago, Detroit et bientôt ces samples faits maison sur un matériel rustique, mais synonyme d’une liberté sans limite. Ensemble, ils partent à l’assaut d’un No man’s land urbain que plus personne ne contrôle. Les archives sont édifiantes. Dans un décor de friche industrielle, la fête jour et nuit, dans les caves, sur les toits, dans un immeuble sur trois dont force les portes et on escalade les façades. Naissance des premiers clubs de l’Est. Le Trésor , niché dans la salle des coffres d’un supermarché abandonné. Un lieu hermétique où l’on monte le son, où on le durcit aussi. Comme dans les raves du Teknozid , la référence de l’électro berlinoise. Ex-punk, hooligans, banquiers, étudiants, ils ont dansé toutes les semaines sans s’arrêter du vendredi au lundi , pistant la musique à travers la ville. Avec un sentiment d’urgence : qu’allait devenir Berlin ? Et le film de raconter les ravages de la drogue, l’arrivée des agences de pub, des promoteurs immobilier et des DJ starifiés. Qui ont tout pillé de ces deux années où Berlin s’est réinventé.

« Berlin, le mur des sons » c'est sur ARTE samedi 13 février à 22H50

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