Il y a un jeune type dans mon bureau qui contemple médusé des vidéos de bidoche toute la journée et ça a l’air carrément plus attirant que la télé.

Capture écran du compte instagram de Nusret Gökçe,
Capture écran du compte instagram de Nusret Gökçe, © Nusret Gökçe

Ce garçon s’appelle Redwane, on bosse ensemble depuis trois ans. Il ne mange pas un gramme de viande. Son papa était du métier. Il lui faisait visiter des abattoirs quand il était petit. Depuis… beurk.

Alors pourquoi Redwane regarde-t-il en continue les vidéos d’un boucher turc en train de découper de la barbaque ? Pourquoi Redwane a-t-il rejoint un bataillon de 2 à 3 millions de personnes dans le monde, branchées sur le compte Instagram du Mozart oriental de l’entrecôte ? J’ai été voir. Comme beaucoup de phénomènes viraux sur les réseaux, toutes les explications se valent et ne se suffisent pas.

Bienvenue au royaume de l’irrationnel où l’inutile, abysse de crétinerie, devient souvent signifiant, donc passionnant.

Le bonhomme s’appelle Nursret Gökçe. Il ressemble à Sylvester Stallone, époque bouc, catogan, muscles saillants sous un tee-shirt blanc moulant, bref, époque ridicule. Nursret a le sens du business. Il possède des steak houses et se balade actuellement du côté de Dubaï. Mais faut le voir désosser le jarret, inciser la hampe, trancher le carré, braiser le filet. C’est le super héros de la chaire et de la charogne. Même sens du spectacle, mêmes effets superfétatoires, mêmes danses du sabre et roulements de mécaniques, même sens de l’auto-dérision. Quoique. A ce niveau de kitch, difficile de savoir où situer le second degré. Vous ne pigez pas le turc, donc vous ne captez pas un traitre mot des légendes et commentaires.

İşte kuzu kuzu geldim dedi

A video posted by nusr_et (@nusr_et) on

Immanquable, Nursret face à 25 côtes de bœuf charnues, alignées sur débout sur l’os comme des dominos qu’il fait dégringoler en série d’une pointe de couteau. Immanquable, la fessée sonore et ultra-sexualisée que Nursret assène au gigot et autres pièces crues avant de les charcuter. Immanquable, la pluie de gros sel qu’il lâche d’un retournement de poignet tel un danseur de tango gominé. Gimmick qui lui vaut désormais le surnom de « Salt Bae » sur le web où il est devenu une star. Le Don Diego du voile et du hachoir se fait aussi léchouiller par des bœufs à l’étable et pose avec ses clientes les plus botoxées. Le comble du bling-bling décalé.

►►► Le compte instagram de Nursret Gökçe

LE PHENOMENE MEDIATIQUE DU JOUR ►► "Salt Bae", le boucher qui fascine Instagram.

►►► Et aussi la chronique de Giulia Foïs

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.