Du grand écran plein le petit ! Ce soir à la télévision il y a deux beaux films.

Et le match se joue à mon avis entre Arte et France 4. A première vue, choc des cultures, de la langue et des générations. Pourtant, je vais réussir l’impossible : faire le pont entre l’éblouissant Habemus Papam et le puissant Un prophète .

D’un côté, Nanni Moretti, de l’autre, Jacques Audiard. D’un côté, le Vatican, de l’autre, la prison. D’un côté, un cardinal arrivé au couronnement de sa vie, de l’autre, un môme qui entame sa carrière de bandit. Deux grands acteurs, l’aïeul Michel Piccoli et le jeune Tahar Rahim.

Entre-t-on en délinquance comme on entre en religion ? Non. Ces deux films portent pourtant des titres liturgiques. Et à les revoir, on est frappé par le travail des metteurs en scène sur l’enfermement : le Conclave comme la taule. La fonction transgressive, voire subversive, que remplit l’extérieur. Le futur Pape pris de vertige et d’angoisse à l’orée de son élection s’échappe dans la ville, comme pour aspirer de la vie et des réponses, avant de basculer dans les arcanes du pouvoir. Ce petit malfrat qui lui aussi prendra du pouvoir, allant chercher des appuis hors de la Centrale pour lui permettre de devenir un autre à l’intérieur.

Affiche Habemus papam
Affiche Habemus papam © Le Pacte
Et puis, le Vatican, comme la prison, ce sont des codes murmurés et des lois tacites qu’il faut percevoir et intégrer. Ce sont des jeux d’alliance, des intimidations et des rapports de force au sein desquels il faut peser. Enfin, dans ces univers clos, tout est signe, tout est démonstration, Moretti cite le théâtre de Tchekhov, Audiard, ces polars qui servent à la fois de lignée au film et de référence à son jeune personnage. Parce que l’enjeu, il est là, se forger un personnage pour affronter la tâche. Enfiler la soutane et la mitre, gravir les marches de la loggia pour affirmer sa voie. Se parer des habits du parrain pour peser face à plus violent que soi. **_Habemus papam_ est une fable italienne profonde, poétique, sautillante, parfois cocasse.** _**Un prohète**_ **est un film français âpre, sombre, réaliste et lyrique à la fois.** Rien ne les réunira plus jamais, si ce n’est d’avoir été diffusé un mercredi soir à la télé. ### Ce soir à la télé on retiendra donc _Habemus Papam_ , sur Arte, à 20h55 et _Un prophète_ sur France 4, à 20h55
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