Sonia a revu "Danse avec les loups" avec ses enfants. À travers eux, elle a compris à quel point ce film fut un tournant dans le cinéma américain.

Le jeune lieutenant John Dunbar (Kevin Costner) dans le film "Danse avec les loups" (1991)
Le jeune lieutenant John Dunbar (Kevin Costner) dans le film "Danse avec les loups" (1991) © Sipa / WEBER ANITA

Mes petits garçons ont dû se fader une bonne vingtaine de westerns. Ils sont passés maîtres dans le décodage du genre. Mais il aura fallu Costner pour qu’ils découvrent les Indiens. Séquences immensément longues, immensément belles, dans lesquelles le lieutenant John Dunbar, héros de la guerre de Sécession, approche une tribu Sioux aux confins de l’Ouest sauvage.

Chaque regard, chaque mot échangé, chaque coutume, chaque fête partagée, chaque chevauchée, chaque bison selon les règles dépecé, chaque combat sur Pawnees ensemble remporté relèvent de la victoire.

Dans les grands classiques du western, l’Indien incarne la menace ou disons au mieux la radicale altérité. J’ai vu mes gamins ouvrir des yeux émerveillés, guidés dans ces contrées par Chaussettes, le loup que Dunbar apprivoise au creux de la solitude. Je les ai vu comprendre à mesure du film qu’il y avait plus de fraternité entre un soldat américain et un sorcier indien qu’entre les rejetons de la bannière étoilée. Quand l’armée des états confédérés fait son apparition, elle n’est que soudards imbéciles, gradés aveuglés et mercenaires illettrés.

Danse avec les loups n’est pas seulement un réquisitoire contre le génocide qui a servi d’acte fondateur à l’Amérique. C’est un très grand film qui place la Culture au-delà de la politique. La Culture au cœur de la vie des hommes. La Culture au croisement entre les peuples. Le journal intime de John Dunbar symbolise le temps de l’écriture et de la réflexion pris sur celui de la conquête.

Le livre, car c’en est un, devient l’objet d’une lutte enragée entre le conscrit qui est tombé dessus et s’en torche le cul et son auteur, l’Américain devenu petit à petit un Indien.

Dans ces pages précieuses, est consignée la découverte d’une ethnie, d’une Histoire et de ses transmissions, d’une croyance et de ses expressions. Abandonner le livre aux soldats, c’est livrer les Indiens, au sens propre et au sens figuré. Porter le livre aux plus hautes autorités, c’est leur reconnaître une Culture. Et l’ériger en rempart face à l’impérialisme de ce qu’était déjà les Etats-Unis d’Amérique.

Danse avec les loups c’est ce soir sur France 3 à 20h55.

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