Le psychanalyste Gérard Miller a réussi un portrait à la fois remarquable et extrêmement singulier de l'acteur français.

Gérard Depardieu en 1988
Gérard Depardieu en 1988 © AFP / GEORGES BENDRIHEM

Son film a pour titre : « Gérard Depardieu, l’homme dont le père ne parlait pas ». Et ce qui est particulièrement intéressant, c’est que Miller a choisi d’assoir tout son travail sur un postulat inédit : Depardieu n'aurait, selon lui pas changé. "Il est marqué, il a vieilli, grossi, mais changé, non."

Dès le début, il pose comme hypothèse que le Gérard Depardieu d’aujourd’hui, celui qui nous choque parce qu’il embrasse Poutine comme du bon pain, a en fait toujours été le même personnage : un petit garçon que l’incapacité de son père à lui parler, a psychologiquement beaucoup marqué.

Une fois le postulat posé et son hypothèse énoncée, le psy passe 90 minutes à développer son analyse et à la faire valider, par une somme d’éléments extrêmement pertinents. Une somme qui commence par cette archive du tout jeune Gérard Depardieu qui, dès 1974, expliquait que, oui, son père était effectivement un grand taiseux, un homme qui ne disait pratiquement plus un mot.

Ensuite, Gérard Miller nous explique que pour saisir toute la complexité de Depardieu, il faut bien mesurer que comme son père ne lui a quasiment jamais parlé lorsqu’il était enfant, il a manqué au petit Gérard qu’on lui fixe des limites.

Le psychanalyste explique en somme pourquoi le comédien a passé sa vie à se chercher des pères symboliques. Pourquoi il a tant aimé Jean Carmet par exemple. Et il nous montre, aussi, pour quelle raison les hommes qui incarnent la puissance que son père, privé de mots, n’avait pas à ses yeux, le fascinent à ce point.

Qu’on ne s’y trompe pas, le portrait que dresse Miller de Depardieu est avant tout bienveillant. Mais sa force, réside dans la capacité qu’a eu le psychanalyste à nous montrer que le Depardieu qui nous parait si libre à l’écran est finalement totalement esclave de son histoire personnelle et que s’il explique désormais si mal certaines de ses frasques, c’est pour rester fidèle… à son père.

Le documentaire se termine du reste par une phrase édifiante de Depardieu que cite Gérard Miller :« Je sais dire les mots des autres mais pas les miens. Je suis toujours le fils du Dédé. »

► LE PROGRAMME :« Gérard Depardieu, l’homme dont le père ne parlait pas » c’est vendredi soir à 20h55.

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