Un Instant télé qui n’est pas dédié à la télé mais qui fait réfléchir aux images télévisées

« Fade to black », littéralement « se fondre dans les ténèbres » est une toute petite vidéo d’une minute dix, un conte minuscule sombre et poétique. Allégorie de ce qu’ont vécu les habitants de Raqqa, fief du groupe Etat Islamique et de ce qu’ils portent en eux aujourd’hui.

Le témoignage de Saliha, mère de Sabri qui a rejoint la Syrie
Le témoignage de Saliha, mère de Sabri qui a rejoint la Syrie ©

Ce sont nos confrères de Courrier International qui l’on repérée. Un plan fixe, filmé en plongée. Le visage souriant d’une femme jouant avec le décor naïf – un soleil, un petit oiseau – de l’edredon sur lequel elle est allongée. Puis l’orage se met à gronder. L’edredon se change en drap sombre. Dans un vacarme douloureux, la fille se contorsionne, un foulard autour du cou qui lui mange peu à peu le visage. Fondu au noir, diraient les cinéastes.

Ce court métrage est signé d’un duo d’artistes syriens, exilés en Turquie .

Des images qui ne sont rien – bien sûr - à côté des charniers, des corps déchiquetés, des enfants affamés, des migrants terrorisés que vous voyez chaque soir au journal télévisé. Et pourtant, ces images sont bouleversantes. Plus bouleversantes encore que ce que nous montre l’actualité.

Au mois d’octobre dernier, un collectif de cinéastes syriens signait une tribune dans Le Monde titrée « Montrons l’horreur pour sortir de l’ignominie ». Il a fallu que les caméras pénètrent à l’intérieur des camps de concentration pour exhiber des cadavres que beaucoup s’acharnaient à nier. Et pourtant, souligne ce texte : Avec la Syrie, nous assistons sans broncher au spectacle d’un crime contre l’humanité transmis en direct. Nous nous sommes résignés à voir les cadavres s’amonceler à l’écran jour après jour, depuis 2011.

La force évocatrice de cette courte vidéo, « Fade to black », l’émotion qu’elle suscite en nous, fait surgir à nos consciences ce que la télé a fini par banaliser. Ce qu’on voit sans plus regarder.

Je n’oppose pas le travail des artistes et celui des journalistes, mais qu’on arrête de conférer du pouvoir aux images. L’horreur à répétition interpelle autant qu’elle anesthésie. Parfois, c’est la poésie qui fend l’armure et nous ramène au réel.

"Fade to black", le court métrage qui montre l’horreur en Syrie

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