Ce soir, embouteillage de films politiques sur le service public.

On est même pas loin du télescopage. Un Chirac et deux Mitterrand pour démarrer la semaine, c’est pas banal !

En réalité, les chaines avaient amorcé la production de ces documentaires très en amont. Seulement voilà, le CSA comptabilisant le temps de parole depuis octobre dernier, impossible de les diffuser. Trop de témoins encore impliqués dans les partis en lice pour les régionales. Vous noterez, au passage, le taux de renouvellement de notre personnel politique de 1981 à nos jours : ils sont presque tous toujours là sauf les big boss auxquels la télé rend hommage…

Au menu, donc, une bio de Jacques Chirac signée Franz-Olivier Giesbert, sur France 3 – la chaine pour laquelle il a déjà livré un Manuel Valls cette année.

En face, à la même heure,William Karel dresse l’inventaire des deux septennats de Mitterrand. Le film devait être diffusé demain soir, mais ce serait trouvé en concurrence frontale avec le Mitterrand de Laurent Delahousse, sur France 2. Grosse crise de nerfs chez Arte qui a préféré avancer son créneau.

Vous ne vous avalerez pas les trois. Ils sont pourtant plus intéressants à comparer qu’en eux-mêmes, tant leurs partis-pris diffèrent en matière d’écriture documentaire.

Giesbert fait du Giesbert : passionné par les grands fauves. La réalisation est paresseuse, mais la personnalité du programme tient à son commentaire dans lequel l’ancien patron du Point se lâche avec l’emphase et l’humour vachard qu’on lui connaît. Il balance, le Franz…et il connait son sujet sur le bout des doigts.

François Mitterrand le 11 mai 1981
François Mitterrand le 11 mai 1981 © MaxPPP

Delahousse, lui, applique la recette « Un jour, un destin » ou sa déclinaison « Un jour dans l’histoire » au grand secret des années Mitterrand, à savoir son cancer. Mélange léché d’archives et de témoignages, sur le ton de l’investigation. Commentaire ultra présent qui se veut ultra neutre, évidemment.

Tout l’inverse deWilliam Karel , un géant du documentaire qui a déjà portraitisé pour la télé nombre de présidents français et américains. Son tour de force : proposer une version très subjectives de l’héritage mitterrandien sans jamais apparaître dans le film, ni à l’image comme Delahousse, ni à la voix et à l'image comme Giesbert.

Karel tourne de très longues interviews de témoins de l’époque. Puis il découpe au montage chaque phrase au mot près pour re-tricoter sa propre histoire.

Bref, que retenir de ce triptyque involontaire ? Que la France se cherche toujours un président. Que la fonction élyséenne ne cesse de s’affaiblir. Que ceux qui l’occupent semblent plus inefficients, plus transparents qu’avant. Que, de toute évidence, l’épuisement du régime présidentiel et la perte de souveraineté nationale ne sont pas de leur fait. Mais que la télé, tout comme l’opinion peut-être, ne s’en remet pas.

Mitterrand, Chirac, De Gaulle, De Gaulle et encore De Gaulle, et quand ce n’est pas De Gaulle, vous reprendrez bien un peu de Louis XIV ou de Napoléon. Les Français veulent un patron.


►►« François Mitterrand, que reste-t-il de nos amours ? », ce soir sur Arte, 20h55

►►« Chirac, la bio », ce soir sur France 3, 20h55

►►« Un jour, une histoire : François Mitterrand, la maladie du secret », demain sur France 2, 20h55

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