Si vous avez envie d’une once de loufoquerie, de légèreté, de mélancolie, Sonia Devillers vous conseille "Frances Ha", très joli long-métrage de Noah Baumbach ce soir sur France 4.

Greta Gerwig sur le tournage de "Frances Ha"
Greta Gerwig sur le tournage de "Frances Ha" © Sipa / AP/SIPA

Frances Ha, c'est l’histoire d’une trentenaire qui n’en a pas fini avec les possibles de l’adolescence. Elle ère, Frances, elle danse, elle est danseuse, elle flippe, elle se brouille, elle éclate de rire, elle dévie, elle déménage.

On se souvient tous des lieux où on a vécu quand on était jeunes. On se souvient tous comme c’était facile de bouger. On se souvient tous du moment où on a eu envie de s’ancrer. Chaque nom de rue, chaque façade, chaque piaule, chaque appart où s’est élaborée petit à petit notre vie d’adulte. "Frances Ha", un chapitre par adresse. Très belle topographie new-yorkaise. Cartographie, aussi, d’une personnalité inachevée. D’ailleurs, Frances ne s’appelle pas Ha. Mais sur l’une de ses boîtes aux lettres successives, elle n’a pas la place d’inscrire son patronyme en entier. Un peu comme si j’étais résignée à me laisser nommer Sonia D. Comme si un garçon qui ne comprenait rien à rien m’appelait Sonia Di (On est à New-York) et que je lui abandonnais ainsi le reste d’une histoire trop longue, trop complexe, trop brumeuse pour qu’il l’a prenne avec lui.

Elle est comme ça, Frances Ha. Elle voyage léger d’une adresse à l’autre, parce que c’est plus facile que de trimballer avec soi tout ce qui la bouffe en réalité. Les garçons ne la pigent pas, Frances Ha. Et elle, elle se trompe à chaque fois. Etrange comme on s’attache et on s’identifie à ce personnage pas fini. Mais je crois - je vous l’avais déjà dit à propos des films d’Eric Rohmer - qu’on a tous en nous une certaine nostalgie de ce pas fini. De ces moments de la vie, si joyeux pour les uns, si douloureux pour les autres, où nous nous sommes construits. Portés, dévastés, c’est selon, par ce qui nous semble aujourd’hui une telle futilité. Mais à l’époque, on pouvait se laisser dériver.

Frances Ha. Sonia D, j’ai essayé. Essayez, vous aussi.

J’aime l’idée du nom raccourci. Moins long à écrire, moins lourd à porter. Idéal pour s’oublier, pour s’aérer, pour s’échapper. Pour revenir au temps bénis du pas tout à fait fini.

Frances Ha, c'est à 22h30 ce soir sur France 4

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