Paris Première diffuse un chef d'oeuvre

Et l’une des performances les plus prodigieuses du cinéma américain , celle de Daniel Day Lewis dans There will be blood .

There will be blood - Paul Thomas Anderson
There will be blood - Paul Thomas Anderson © Walt Disney

La première séquence, magistrale, suffit à prendre la dimension du personnage nommé Plainview qu’on pourrait traduire par « à la vue de tous » : coincé, très gravement blessé au fond d’un puis de pétrole, il s’en extirpe à la seule force de ses bras. Un quart d’heure de cinéma muet, scandé par le seul grincement des foreuses.

Tout est là : Il y a aura du sang, mais pas le sien. Plainview défie la mort et méprise la douleur. Plainview est une créature de la terre. Il ne croit en rien d’autre qu’en lui. Plainview commence seul et finira seul. Plainview n’a pas besoin du langage. Sa détermination à faire sien le pétrole confine à la rage.

Et pour ce, il affrontera jusqu’à la folie pure, un jeune prédicateur fanatique en tout point son contraire : homme tourné vers le ciel et vers l’autre, homme de foi, homme du verbe.

Il y a aura du sang, mais celui du Christ. Bref, c’est le combat des titans : la matière contre l’Esprit, le capitalisme contre l’Eglise . Les deux virant à la haine, au mensonge et à la paranoïa. Ci-gît, la naissance de l’Amérique.

Car le film de Paul Thomas Anderson, le surdoué d’Hollywood , racle les tréfonds d’une période peu explorée par le cinéma américain, tardive. C’est après les westerns, en quelques sortes. La conquête de l’Ouest est achevée, le chemin de fer est installé. C’est le temps des bâtisseurs d’empire. Pétrole, banque, mafia, c'est bientôt la prohibition, ensuite les médias . Dont naîtront les Scarface et autres Citizen Kane , ces portraits de géants à l’écran, maniant les rêves, les ambitions, les obsessions, les névroses des premiers magnats américains. Leur avidité, leur cynisme, leur solitude, leur pouvoir éminemment destructeur et autodestructeur.

Très peu d’acteurs peuvent s’y risquer. Imposer autant de terreur et de fragilités mêlées. Daniel Day-Lewis, en majesté.

There will be blood , c’est ce soir sur Paris Première à 20h45

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