Il y a ceux que ça accroche et ceux que ça agace. Les journalistes du 20H se mettent en scène dans leurs reportages.

Ils sont partout, sur les barrages routiers, comme au marché. Ils sont à l’image. On les voit tendre le micro, faire signe à la caméra, passer des coups de fil.C’est tout nouveau, ça date du mois de septembre et c’est signé : le 20 heures semaine de France 2. Et c’est une consigne, désormais, il faut « incarner les sujets ».

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logo france 2 © radio-france

On y verra volontiers une riposte frontale au Petit Journal de Canal, qui démarre à 20H10, qui pique du public à la 2 et qui a ringardisé l’info en dévoilant à l’antenne une bonne partie de ce qu’on cachait avant. Mais la bande à Yann Barthès n’a rien inventé. Le type qui a été le premier à faire ça, en France, à se montrer à l’image en même temps qu’il fait son reportage s’appelle John Paul Lepers . Vous pouvez le voir, le dimanche soir, sur Arte, dans Vox POP, avec ses petites lunettes, sa décontraction faussement naïve et ses questions rentre-dedans. Il est de tous les plans.

Je lui ai posé la question de cette paternité. Ca l’a beaucoup amusé. A la rédaction de TF1, dans les années 80, on le lui interdisait. Il n’a pu tester le procédé que sur France 2, la décennie suivante, dans un magazine intitulé « La France en direct ». Son idée : se planter avec son micro dans le champ de la caméra pour retrouver la liberté et la proximité de la radio où il avait démarré (à France Inter !). Pouvoir renouer avec l’interview en face à face. Alors qu’en télé, on vous oblige à reculer d’au moins un pas derrière la caméra, soit deux pas et demi par rapport à votre témoin. « Ce n’est plus une relation, c’est une déclaration, m’a-t-il expliqué, ça devient du théâtre ».

Par la suite, des journalistes comme l’Américain Michael Moore vont populariser le documentaire incarné. Tout le monde n’est pas Michael Moore, mais avec lui on comprend aisément que l’incarnation à l’image ne peut pas être un gadget. Elle doit traduire une personnalité forte et une vraie cohérence dans la manière d’appréhender une enquête. Evidemment, c’est rarement le cas dans les sujets d’un 20H.

France 2 a l’immense mérite de remettre sans cesse en question la grammaire audiovisuel de son JT, dont l’écriture s’avère infiniment plus élaborée que sur TF1. Au risque, néanmoins, de s’infliger des postures, des coquetteries, qui prêtent à la caricature.

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