Peut-être en attendais-je trop. Peut-être connais-je un peu trop bien l’histoire. Mais « Complément d’enquête » rate son coup en promettant un héritier Lagardère qui se dévoile.

Arnaud Lagardère, dirigeant actuel du Groupe Lagardère
Arnaud Lagardère, dirigeant actuel du Groupe Lagardère © AFP / Eric Piermont

Complément d'Enquête hésite surtout constamment entre le portrait et l’investigation. Aussi, ni l’un, ni l’autre ne sont-ils poussés assez loin. Quant à Monsieur Lagardère fils, dans les brides d’interview gardées au montage, il répond aux questions avec une langue de bois, certes joviale, dont vous ne retiendrez rien. Pour ce qui est des affaires, il dément proprement. Pour ce qui est de sa vie affective, il enfonce des portes déjà ouvertes depuis longtemps.

Pourquoi ça se regarde néanmoins? Parce qu’en travaillant sur la filiation de ce grand patron, « Complément d’enquête » filme une page de l’histoire du capitalisme français qui a cette particularité d’être profondément structuré par le capitalisme familial. Or, explorer les méandres industriels, financiers, politiques et psychologiques des Lagardère, Dassault, Schneider, Seillière, Michelin, Ricard et autres Peugeot, c’est toujours fouiller les arcanes des puissants qui ont façonné différentes strates de notre pays.

La success story de Jean-Luc Lagardère, qui faillit déposer le bilan avant de devenir, grâce à l’aéronautique et l’armement, l’homme le plus puissant d’Europe, est racontée avec trop d’empressement. Mais elle vous rappellera une époque où le sport automobile, les 24 heures du Mans, avait tant de retentissement qu’ils ouvraient au patron de l’écurie Matra les portes de l’Elysée. Le père et le fils Lagardère partagent le même culte de la performance sportive. Toutefois, Jean-Luc est un gagneur acharné. Arnaud, un dilettante qui ne voulait pas du pouvoir au départ. Qui l’a pris fermement à la mort subite de papa. Qui a joué avec. Qui a dérouté tous ses proches. Qui doit beaucoup à Nicolas Sarkozy, son grand-frère de cœur. Qui fusille son image, sans scrupule, en dévoilant à des journalistes Belges l’intimité de son couple dans une mise en scène d’un ridicule affligeant. Qui, au final, redessine le périmètre du groupe paternel, en abandonnant les canons pour se recentrer sur les médias, les loisirs et la distribution.

On ne percera rien du mystère de cet homme affable qui ne se confie jamais. Mais son parcours dit à lui seul la fin d’une époque. Petit à petit, les financiers auront remplacé les héritiers.

► LE PROGRAMME | "Complément d'enquête", ce soir sur France 2 à 22h15.

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