Raging Bull porte à l’écran la vie tumultueuse du "Taureau du Bronx", le boxeur Jake La Motta, le tombeur de Marcel Cerdan, surnommé, lui, "le bombardier marocain".

Robert de Niro interprète Jake LaMotta dans "Raging bull"
Robert de Niro interprète Jake LaMotta dans "Raging bull" © Getty / Bettmann

Notre héros national, amant d’Edith Piaf, resté l’un des plus gros cogneurs de l’histoire, quitte le combat avec La Motta lessivé, tuméfié, terrassé. Il s’écrasera en avion peu après, ne prendra donc jamais sa revanche. La Motta, de son côté, avait sur le ring enlevé doucement ses gants. Sa main gauche avait triplé de volume. Il n’avait rien senti.

Si je reviens à cet homme hors du commun qui a inspiré Scorcese, c’est qu’il présente une particularité fascinante et terrifiante à la fois. Celle de ne jamais souffrir. Il raconte :

J’étais capable de convaincre mon corps que je pouvais tout encaisser et que personne ne pouvais me faire de mal. Je pouvais être salement coupé. Avoir des points sur les yeux. Avoir le nez cassé. Avoir les mains cassées. Mais je n’ai jamais eu mal

La Motta recevait les coups sans broncher, laissant monter en lui colère et agressivité qu’il déchargeait, telle une tornade dont la violence a marqué les rings. Ainsi fera-t-il carrément sortir des cordes et chuter dans la foule le plus grand boxeur de l’histoire, Sugar Ray Robinson. Ce sera son fait d’arme.

Parce qui si Jake La Motta est indestructible à l’extérieur, il n’est que fêlure à l’intérieur. D’où la passion de Robert De Niro, à l’origine du film, et de Martin Scorsese pour cette trajectoire brisée.

Par deux fois, La Motta céda à la pègre et accepta de se coucher face à des adversaires qu’il devait écraser. Comme s’il fallait entacher, souiller le palmarès de cet enfant terrible que rien ne pouvait arrêter. Jalousie, paranoïa, alcool, drogue. Le roc bouillait au-dedans, rongé par des déflagrations successives, par des accès auxquels il ne pouvait résister.

Une forteresse prenable de l’intérieur. Un homme fragile.

► LE PROGRAME | Raging Bull, sur France 5, à 20h55.

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