Sur «3ème scène», l’actrice Clémence Poésy signe neuf minutes d’absolue beauté.

Capture écran du documentaire
Capture écran du documentaire © Clémence Poesy

En cette journée glaciale et besogneuse, vous pourriez vous accorder une danse, au travail, au lycée, dans un recoin de la maison, caché. Avec un casque sur les oreilles. Pour vous laisser envahir par la finesse du mixage où s’enchevêtre les voix, le piano et le souffle court, haché, heurté, profond, douloureusement maîtrisé. Il n’y a rien de plus émouvant, dans les films sur la danse que ces sylphides qui sortent de scène ruisselantes de sueur et essoufflées jusqu’à la nausée. Le corps expurgeant l’effort dans un cri asphyxié.

Clémence Poésy suit, de sa caméra, les élèves de l’Opéra. Très jeunes visages, filmés au plus près. Intensité de ces regards en devenir. Poésy cherche à percer le mystère de la grâce. Eux aussi. Et l’on perçoit dans leurs yeux ce mélange d’extases et de désespoirs. La photo est douce, pleine de grain, de blanc, de gris, de rose pastel, de lumières obliques et filtrées. Une image enfantine, surannée, intemporelle. Pour ces gestes pluri-centenaires qui défi l’apesanteur. Mais pas seulement. Qui défient aussi la peur.

Le danseur Michaël Denard, monté au firmament des étoiles il y a presque 50 ans, caresse de sa voix profonde les images. Il dit : « Quand on danse, on se dédouble. La première moitié tient les rennes. La seconde moitié dit on y va. On va où ? On ne sait pas. La seconde moitié de nous-mêmes met les couleurs, l’émotion. C’est quelque chose qu’on ne peut contrôler ». Michaël Denard dit encore : « Ce qu’on appelle la grâce ne s’apprend pas. Cela vient uniquement de la tête, de comment on parle aux autres ». Michaël Denard dit enfin : « Quand on est danseur, il faut être vampire. On se sert des partenaires et on prend la force. Pas pour se nourrir soi-même. On sert de catalyseur ».

J’aime l’idée que la grâce est cette façon que l’on a - et qui nous échappe - de parler aux autres. De puiser en soi le courage de s’évader pour tout donner, sans jamais rien lâcher. Un accomplissement de soi qui ne vaut que s’il honore autrui. La seule chose au monde avec laquelle on ne puisse pas tricher, bien qu’il ait fallu pour cela immensément travailler.

►► LE PROGRAMME : « A bouts portés », le court métrage signé Clémence Poésy , c’est à voir sur le site de l’Opéra de Paris.

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