Le premier volet de la série documentaire de Sylvain Bourmeau était consacré à ce sujet urticant, repoussoir et pourtant obsédant : « penser l’identité ».

Mathias Enard.
Mathias Enard. © LES FILMS D’ICI

Dimanche soir, vous agonisiez sur le canapé, paralysés par une hyperglycémie chocolatée. Vous avez raté cette série proposée par Sylvain Bourmeau. Il faut dire que le programme télé de votre soirée atteint des sommets ! Camping 2, Rendez-vous en terre inconnue, Meurtre à l’île de Ré, Les Schtroumpfs, Les Charlots font l’Espagne, Les Bidasses en folie et même (c’est cadeau) une rediff de Navarro.

Le premier volet de la série documentaire de Sylvain Bourmeau était consacré à ce sujet urticant, repoussoir et pourtant obsédant : « penser l’identité ».

En 52 minutes (gageur !), onze universitaires et romanciers, tous de grande qualité (Virginie Despentes, Mathias Enard…), réfléchissent, témoignent et expliquent à haute voix. Ils parlent court et simple. C’est à ça que sert la bonne télé. A rendre accessible des pensées parfois difficiles à appréhender par les textes.

C’est la capacité à nous donner des outils : l’origine psychanalytique d’un mot, son usage ancien dans la philosophie grecque, ses facettes à la fois grammaticales et anthropologiques, le « je », le « tu », le « il » de l’identité, avec ses contradictions. Je peux revendiquer « je suis noire », mais ne pas accepter qu’un autre me définisse de la sorte (« elle est noire »).

La bonne télé nous explique l’apparition du concept d’identité dans la politique culturelle des années 80, son inadéquation profonde avec le travail de l’historien qui s’y veut crânement indifférent, privilégiant l’étude du changement à la définition d’un socle immuable.

Patrick Boucheron, justement, dit « l’injonction politique à réarmer sans cesse un récit national, alors qu’il s’éloigne de l’Histoire écrite et enseignée. L’Histoire, rappelle-t-il, n’est ni un art de l’acclamation des pouvoirs, ni de détestation des identités, mais une méthode qui s’adresse à l’intelligence collective en faisant récit de problèmes ».

Et l’écrivain Pascal Quignard de dénoncer :

La mauvaise ruse qui assigne une identité aux citoyens, ajoutant à l’idée de Nation, celle de Foi. On nous radicaliserait ainsi dans une foi, pour répondre à une foi radicalisée. C’est dangereux.

Hommes et femmes de plumes racontent combien, pour écrire, ils se sont arrachés à leurs propres identités. Combien, souligne le romancier Olivier Cadiot, « l’identité c’est le droit de se mettre dans des paradoxes et de les faire travailler entre eux, une forme de dialectique à l’arrêt ». Leurs personnages, créatures de papier, sont nés de cette précieuse liberté, leur identité se définie à mesure qu’ils explorent des mondes imaginaires, et non le contraire.

Parmi les intellectuels du XXIème siècle, Bourmeau n’a pas choisi ceux - pourtant prépondérants aujourd’hui - qui plaident et nourrissent la notion d’identité. Il ne donne la parole qu’à ceux qui la percent à jour et la réfutent. Il ne s’en dit pas moins une foule de choses complexes qu’on entend. Tout simplement.

► LE PROGRAMME : « Les intellectuels du XXIe siècle », en replay sur France Télé Pluzz.

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