Un film remarquable qui dessine de manière aiguë, quoique trop brève, le parcours intellectuel du philosophe Louis Althusser.

Ses élèves, des philosophes de très hauts niveau, des figures rares dans le monde médiatique, Pierre Macherey, Jacques Rancière, Etienne Balibar, réunis pour raconter comment le maître leur fit lire Marx, comment l’histoire de ce séminaire éclaboussa toute la vie intellectuelle française et secoua les piliers du partis communiste français.

Louis Althusser n’a jamais quitté le PCF. Il entretenait avec le parti un rapport des plus conflictuels, pourtant obsessionnel. Le seul lien, selon lui, qu’un penseur puisse conserver avec les masses. Pourtant, le philosophe ne voulait point exercer la politique, mais en nourrir le socle théorique. D’où son entreprise de relire avec ses étudiants « Le Capital », à la lumière de Freud, de l’anthropologie et de la linguistique. Et cela, après la publication du rapport Kroutchev, la dénonciation des crimes staliniens qui plongea organes et militants dans la plus complète incertitude.

Lire le capital est publié en 1965. Ouvrage collectif. De jeunes normaliens embarqués dans une aventure humaine et théorique pionnière, arrogante, hétérodoxe, créative. Une époque où les mots engendraient des guerres de la pensée d’une intensité qu’on ne peut concevoir aujourd’hui. L’humanisme marxiste revendiqué par Waldeck Rochet, secrétaire général du parti, face à « l’anti-humanisme théorique » autour duquel Althusser voulait rassembler les plus grands penseurs de sa génération.

Et Lucien Seve, membre du PCF, philosophe, ami d’Althusser, de retracer la virulence des comités centraux sur ces questions de refonte théorique. Chacun se souvient alors des premières crises dépressives du maître, des premières hospitalisations. De la psychose qui point à petits pas. De la rupture que fut 68. De la naissance, de la puissance du concept « d’appareil idéologique d’Etat » que développe ensuite Althusser, du dialogue qu’il instaure ainsi avec une jeunesse rejetant toutes les formes de la répression.

Dans son petit appartement de la rue d’Ulm, un jour de 1980, pris de démence, Louis Althusser étranglera sa femme, Hélène. Ce meurtre, cette folie, aussi, il faut au petit groupe l’intégrer à l’histoire qu’il a vécue. Il faut le raconter face caméra. Le maître s’est tu. Ils sont restés avec cela. Refusant de le théoriser. Se croyant libérés. Ils ne l’étaient pas.

►► LE PROGRAMME : L’aventure Althusser, c'est sur Arte, à 22h40.

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