Imaginez Marion Cotillard employée d’une petite entreprise. Imaginez seize salariés appelés à voter pour savoir si, oui ou non, elle pourra y reprendre sa place.

A la clé, une prime de 1000 euros pour chacun s’il se prononce contre. Cela ferait un poste en moins, ce serait bien. C’est une sacrée somme, le vote est plié. A moins que. A moins qu’on écarte un contre maître à l’autorité pernicieuse et aux méthodes psychologiques pestilentielles. A moins qu’on ne revote, lundi matin. A moins que le personnage de Marion Cotillard n’utilise le week-end pour faire basculer 16 salariés aux abois, donc autant de foyers en danger.

Ce film est d’une justesse psychologique désarmante et c’est en cela qu’il est bouleversant. Dans la fragilité et la détermination de la fille, dans les petitesses ou les grandeurs morales qu’un tel choix va révéler chez les votants. Dans ce qui prendra corps, finalement : la lâcheté ou la solidarité. Perdre l’un des siens pour se sauver soi. Ou bien sauver l’un des siens pour se sauver tous. Car le salut peut être moral, parfois. Je ne vous dis pas où cela ira. Ça vous rappellera sans doute ces grands films américains, tel « douze hommes en colère », convaincre un à un les jurés d’un procès dont dépend la vie d’un homme.

Mais vous savez ce que ça me rappelle, moi ? Ça me rappelle ces palanquées d’émissions de télé-réalité depuis le Loft. Déjà, en 2001, la dramaturgie ne reposait pas seulement sur l’élimination d’un candidat par le vote du public. Il fallait que le groupe en propose deux, désignés par eux et parmi eux.

Au téléspectateur de faire ensuite son choix. Aujourd’hui, plus besoin de vous, il y a Koh Lanta. Plus d’appel téléphonique. Chaque équipe est amenée à voter, le vendredi soir, pour anéantir l’un de ses membres. Et ce pas question de surmoi, individuel ou collectif, c’est la règle du jeu. En tuer un pour que le groupe puisse continuer à jouer.

J’ai invité récemment Denis Brognard, animateur de Koh Lanta. Il me disait du casting de son émission, qu’il était une photographie parfaite de notre société. Reste à savoir ce que tu lui fais faire à « notre société ». Voter pour flinguer ou voter pour protéger.

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