Ce soir, C8 diffuse « Minority Report », le film de Steven Spielberg, d’après la nouvelle de Philip.K.Dick.

Tom Cruise dans "Minority Report"
Tom Cruise dans "Minority Report" © Getty / Archive Photos

Un peu violent, mais à voir quand même avec des gosses à partir de 12 ans, ça fait de super discussions en famille sur ce que Michel Foucault résumait en deux mots : « surveiller » et « punir ».

Après tout, mater un bon gros Spielberg en préambule à la philosophie politique des années 70, on a fait pire. J’aime ce film, j’aime Steven Spielberg, mais est-ce que j’aime Tom Cruise ? Il est impeccable dans Minority Report, en flic écorché, totalement junkie et lucide, fissuré et puissant à la fois.

L’autre jour, à la sortie de la Maison de la radio : agitation, attroupement Pont Bir Hakeim. Il devait bien y avoir 400 personnes agglutinées autour d’un tournage. Au premier coup d’œil, je n’ai vu qu’un visage, un seul, se détachant de la foule, comme éclairé autrement, le sien. Tom Cruise irradie littéralement. Et pourtant, ce type incarne le visage du diable. C’est idiot, sûrement, de le dire comme ça, mais, pour moi, Tom Cruise est la tête de gondole ultra-photogénique d’un Hollywood dantesque, terrifiant. L’industrie dans ce qu’elle a de plus démesurée et désincarnée, colossale machine à tout broyer pour des millions de dollars recrachés. Le tout, porté par une secte tentaculaire, l’Eglise de Scientologie.

Il est beau le visage de Tom Cruise, impeccable, impénétrable, magnétique, mais il dit quoi, hein ?

Je fais part de cela à un garçon de mon âge qui se cabre, direct. N’importe quoi, Devillers, n’importe quoi, tu ne peux pas dire ça.

Tom Cruise, pour nous, les mecs, c’est le corps des années 90. C’est l’Amérique en chair et en os, splendide, attirante. C’est Top Gun parti se brûler les ailes chez Kubrick, tournant en slip dans le Magnolia de Paul Thomas Anderson. Cet homme n’est que solitude, fragilité et perdition enfouies sous une montagne de muscles et de « self-control », mais ça se voit, ça se sent tellement…

Avec le garçon en question, on a fini par se mettre d’accord, sur l’idée qu’on touchait ici à l’essence même de la star : élue parmi les êtres humains chétifs, précaires, pour incarner un système pérenne et invulnérable. Les faiblesses n’étant là-dedans qu’un levier de plus pour susciter l’adhésion à un système qui assoit sa domination. Jusqu’à un certain point. La fragilité de la star ne doit maintenir l’illusion d’humanité dans le système, jamais le dénoncer.

Chaque fois que nous demandons « pour ou contre Tom Cruise ? », c’est le système que nous interrogeons. Chaque fois que nous nous demandons si Tom Cruise est un fort ou un faible, c’est notre place à nous dans le système que nous cherchons. Waiting for Tom Cruise, looking for us.

► LE PROGRAMME | Minority Report, c'est ce soir, sur C8, à 20h50.

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