Il faut vraiment être totalement insomniaque pour repérer « Voyage au bout de la nuit » sur D8. Insomniaque tendance téléphile dépressif ou bibliophile tendance libertin sagement fétichiste. Comment vous raconter cette émission ovniesque diffusée toutes les nuits aux alentours de 3 heures du matin sur D8 ? Allez jeter un œil sur le site internet de la chaîne, vous n’en croirez ni vos yeux, ni vos oreilles. C’est le minitel rose de la littérature !

Des filles sexy à l’allure bourgeoise, mais suffisamment « cheap » pour coller au fantasme moyen. Dans la plus pure tradition de la petite annonce coquine, elles n’ont que des prénoms : Claire, Ursula, Christelle, Louise, Victoria. Les voici qui prennent la pause sur un canapé, s’y lovent, s’y allongent dévoilant jambes et talons de 18 centimètres, et ouvrent lascivement un livre dont elles entament la lecture avec une voix chaude et susurrée, relevant entre chaque paragraphe leur paupières de chat vers la caméra.

Titres des émissions : « Victoria lit Les travailleurs de la mer », « Claire lit Les Déracinés de Maurice Barrès », « Angèle lit Avatar de Théophile Gaultier », « Amélie lit Histoire de ma vie de Casanova », « Laura lit Double assassinat d’Edgar Poe ».

Il ne manque plus que le 3615. Il n’est pas loin, vous trouverez également quelques pages érotiques que déchiffre Nephaël en culotte et soutien-gorge de dentelle rouge. Et je dois dire qu’elle lit très bien.

N’empêche : nonobstant le second degré évident d’un dispositif aussi décadent, « Voyage au bout de la nuit » propose des textes plutôt exigeants, parfois même surprenants. Barrès, c’est pas Lévy, c’est pas Musso. Par ailleurs, on a les émissions littéraires qu’on mérite. Qui a eu cette idée de taré de créer 20 chaînes de la TNT pour offrir au téléspectateur français pareil désert culturel ? Sorti des canaux parlementaires, LCP-Public Séna t, le livre y est inexistant.

C’est le costard trois pièces ou la lingerie fine. C’est Elkabbach ou Ursula. Entre les deux, nada, sur ces chaînes-là. Comme si la télé ne pouvait rien inventer de drôle, de malin, de vivant pour mettre en scène la littérature. Comme si on ne pouvait parler des textes et de leurs auteurs habillé en salopette, le sourire accroché aux oreilles. En attendant, je vous laisse le choix : Elkabbach ou Ursula ?

« Voyage au bout de la nuit », c'est sur D8 à 3h du matin

Voyage au bout de la nuit, sru D8
Voyage au bout de la nuit, sru D8 © D8
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.