Ce matin, ce n’est pas un programme télé dont Sonia Devillers nous parle, mais d’une image qui a fait le tour des chaines, des journaux et des sites d’info.

Portrait de l'ambassadeur russe en Turquie, Andrei Karlov, au ministère des Affaires étrangères de Moscou, 20 décembre 2016.
Portrait de l'ambassadeur russe en Turquie, Andrei Karlov, au ministère des Affaires étrangères de Moscou, 20 décembre 2016. © AFP / NATALIA KOLESNIKOVA

Une image, qui – en une fraction de seconde - est entrée dans l’Histoire : celle de Mevlüt Mert Altintas, 22 ans, costard noir tiré à quatre épingles, le bras gauche levé bien haut, son index rejoignant celui de Dieu. Dans sa main droite, l’arme à feu aussi chaude que le cadavre d’Andreï Karlov, l’ambassadeur russe qu’il vient d’abattre de trois balles, au nom du martyre d’Alep.

Cette image, qui peut heurter les sensibilités, est visible ici sur la page Facebook de l'AP.

Face à lui, public, caméras et photographes professionnels, dont celui de l’agence AP. Le tireur a tiré, les faiseurs d’images ont shooté.

Hier, confusion. Certains sites ont balancé – ignoble - la vidéo du meurtre avec un simple bandeau prévenant du degré de violence de la séquence. D’autres, l’ont résumée par une série d’images fixes, moins choquantes. Il est des chaines qui ont flouté le visage de l’assassin, d’autres qui l’ont exposé. C’était le débat de cet été. Faut-il anonymiser les terroristes ? Leur faciès, leur identité : est-ce un élément d’information qu’on ne peut occulter ? Ou est-ce garantir un surplus de starification médiatique à l’ampleur déjà vertigineuse de l’acte qu’ils ont commis ?

Les médias français n’ont pas tous et pas clairement tranché. En attendant, Internet a fait le boulot : Mevlüt Mert Altintas, bien habillé et bien peigné, est dans le monde entier.

D’aucun me diront que l’exécution d’Andreï Karlov relève plus de l’assassinat politique que de l’acte terroriste et qu’en cela, le jeune homme rejoint la cohorte des fossoyeurs de Franz Ferdinand, Jean Jaurès, John Fitzgerald Kennedy et autres Indira Gandhi, dont l’Histoire a retenu le visage et le nom. Qui ont inspiré ensuite romanciers et cinéastes.

Justement. Le plus frappant, c’est que le crime d’Ankara a eu lieu dans une galerie d’art, inaugurant une exposition de photos. Le meurtrier photographié au milieu de photographies conservées et admirées. Sur l’image signée AP, son visage s’inscrit pile à hauteur des cadres et des cimaises, comme s’il venait s’intercaler naturellement au milieu des clichés accrochés. Comme si volontairement, Mevlüt Mert Altintas n’était pas seulement entré dans l’Histoire, mais dans l’Histoire de l’art. Comme si son geste était une œuvre. Comme si la mémoire qu’on devait en avoir était aussi esthétique que politique. Glaçant.

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