France 5 diffusera ce soir, un documentaire intitulé « Ma mère, mon poison »…

Pour être honnête, j’y suis allée à reculons, tant j’y voyais déjà l’outrance du sujet. Des mères toxiques, difformes, malfaisantes, psychotiques. Figures destructrices, glaçantes, presque déréalisées par leurs doubles magnifiques, monstrueux, de littérature et de cinéma. Parce que, pour de vrai, une maman ne peut pas faire mal à son enfant. Alors l’enfant, il se vide de sa souffrance - pas le choix - et il protège sa maman du regard des autres. L’enfant, lui, il veut une maman. Tant pis si la société lui dit qu’elle est folle et qu’elle est mauvaise. C’est une maman et ce sera sa vie à lui de grandir « protégé » par cette folie.

Le film d’Anne-Marie Avouac est tout entier nourri de cette insoutenable hypothèse : ma mère m’a détruit, oui, mais c’est ma mère. Ce film se révèle d’une pudeur, d’une finesse et d’une maturité impeccable. Ne croyez pas qu’on va vous y raconter de spectaculaires maltraitances. C’est aussi l’histoire d’un lien affectif qui ne peut jamais se construire, d’humiliations bénignes, mais récurrentes, d’abandon qui ne porte pas son nom, d’appels à l’aide, de hurlements parfois, jamais entendus. Et il faut un courage immense pour parler de sa mère comme ça, face caméra. Un courage immense pour laisser filmer l’impasse dans laquelle on est face à son bébé quand on devient mère à son tour. Un courage immense quand on est médecin pour avouer qu’on s’est laissé manipuler, qu’un enfant, on n’a pas su protéger. Un courage immense, enfin, - ces séquence vous coupent le souffle - pour laisser une équipe tourner vos face-à-face avec votre fille alors que les services sociaux vous l’ont retirée.

C’est sans doute qu’Anne-Marie Avouac a mis autant d’intelligence que de lumière dans l’approche, dans le traitement de ses personnages. Car elle suit leur reconstruction plutôt que leur anéantissement. Et laisse une large place à ceux qui les accompagnent, sages-femmes, pédiatres, psychiatres, éducateurs. Les sachants du lien mère-enfants pour qui compte chaque froncement de sourcils d’un bébé en perpétuelle lutte. Leur parole s’avère dense, précise, généreuse. On apprend beaucoup, au cours de ce film. On s’interroge sur ce qu’il a d’universel. On pleure, aussi.

« Ma mère, mon poison », c’est ce soir sur France 5, à 20h50

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