Le dernier film d’Ingmar Bergman est raconté du point de vue d'un enfant (Alexandre) ; l’imaginaire, ici, est celui, magnétique, chatoyant, du théâtre et des lanternes magiques…

Image extraite d' "Fanny et Alexandre" d'Ingmar Bergman
Image extraite d' "Fanny et Alexandre" d'Ingmar Bergman © Sipa / INTERFOTO USA

Et à mes yeux, de Comencini à Spielberg, il n’est rien d’aussi profondément marquant que les films racontés du point de vue d’un enfant. Et rien d’aussi puissant, de Miyazaki à Scorsese, que les histoires rendant son pouvoir à l’imagination. Ou comment la création, le mystère, le fantastique défient tour à tour le réel pas seulement pour s’en échapper, mais pour en pointer l’injustice, la sublimer, la guérir.

L’enfant, ici, c’est Alexandre. L’imaginaire, ici, est celui, magnétique, chatoyant, du théâtre et des lanternes magiques qui lui serviront de refuge. Parce que son père, comédien jouant Shakespeare, meurt sur scène. Parce que sa mère épouse un évêque luthérien qui, en cette Suède du début du siècle, exercera sur le foyer une effroyable sévérité, teintée d’un obsessionnel puritanisme.

L’éclatante magie de Noël d’un fastueux et fantasque réveillon familial, est ainsi rompue par le deuil, remplacée par l’austère et glacial dénuement d’un protestantisme qu’Alexandre refuse de tout son petit corps, mais aussi de tous ses petits mutismes et de tous ses petits rêves d’enfant. Il lutte contre les fantômes et il fait face à Dieu, cruellement silencieux.

Seuls marionnettes et sortilèges lui apporteront consolation, dans ce film, où Ingmar Bergman, lui-même fils de pasteur rigoriste, a tout mis de ses affrontements intérieurs : la religion et le théâtre, Dieu et l’acteur. Il a tout mis, aussi, de son cinéma dans cette œuvre fleuve, dont vous verrez ce soir une version raccourcie.

Tout mis, après ç’en fut fini. Le grand réalisateur suédois ne travailla plus que pour la scène et pour la télévision. [Fanny et Alexandre](http://www.imdb.com/title/tt0083922/?ref=nm_knft4) est un film somptueux. Visuellement, d’une beauté étourdissante. Son triomphe fut mondial. C’est pourtant dans des choses infimes qu’il vous bouleversera. Dans ces minuscules premières fois de l’enfance auxquelles seuls les grands écrivains et les grands cinéastes savent redonner de la puissance.

Fanny et Alexandre, c'est ce soir sur France 5 à 20h55.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.