C'est un de mes films d'animation préféré, et il est signé maître français Michel Ocelot.

Ce n’est pas l’un de ses tubes, Kirikou et la sorcière, ou encore Azur et Asmar qui sont, bien sûr, d’une beauté et d’une poésie totale. C’est un long-métrage moins connu, plus humble, et pourtant d’une jolie profondeur. Princes et princesses est un recueil de contes, décomposé ou plutôt recomposé, en 6 histoires. La grande force d’Ocelot repose, comme toujours, dans sa prodigieuse capacité à faire dialoguer les folklores et les temporalités. Comme Kirikou s’ancrait dans la tradition africaine, cette hexalogie-ci puise dans le Moyen-Age français, la culture japonaise ou l’Egypte ancienne.

Qui mieux que Ocelot pour magnifier les ressorts universels du conte de fée ? Qui mieux que ces films-là pour mettre en image, sans les anéantir, les leviers obscures de nos terreurs et de nos joies enfantines ? Qui furent celles des enfants d’antan, qui seront celles des enfants de demain, ici et ailleurs. Parce que l’image, dans Princes et princesses garde sa part d’obscurité, au sens propre du terme, ce sont des ombres chinoises. Elles ne figurent pas tout. Elles n’écrasent pas les lacunes volontaires et ancestrales du récit. Elles laissent à l’affabulation les pleins pouvoirs pour créer son arrière-monde et échafauder les détails qui font qu’une histoire est à nous, rien qu’à nous.

Je suis une grande dévoreuse de contes. Je pense qu’on n’en lit jamais assez à ses enfants. Je pense qu’on ne s’en lit jamais assez devenu grand. Demandez au Père Noël (c’est un peu cher), les deux volumes des Contes de Jacob et Wilhelm Grimm, aux Editions Corti. Pas d’illustration, une traduction âpre et mordante, un papier à grain. Un des livres que j’ai le plus offert ces dernières années. Sans doute, ne jamais rompre le fil des contes est-ce s’assurer, tout au long de sa vie, du pouvoir de la fiction. Continuer à croire, et j’y crois dur comme fer, qu’une histoire peut tout engloutir et éclaircir des affres de nos petites vies et du monde en général.

Et c’est là que Ocelot est très malin et très généreux. Pour faire le lien entre ses six contes, il met en scène deux marmots et un cinématographe qui trépignent, qui s’affairent. A quoi ? A raconter des histoires, justement, avec des bouts de ficelle pour lui donner corps. Rudimentaires, mais la magie opère. Très simple, mais très bel hommage, au pouvoir de la chimère, c’est-à-dire de la fiction et de l’imagination.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.