Qu’est-ce qui va avoir la peau de ce vieux "soap opera" lifté, poudré, brunshingué et très mal éclairé ? Une déferlante précoce, quoique massive de téléfilms de noël l’après-midi…

L'acteur américain de la série "Les Feux de l'amour" Michael Damian et son épouse Janeen
L'acteur américain de la série "Les Feux de l'amour" Michael Damian et son épouse Janeen © AFP / THOMAS COEX

Haro sur les feux de l'amour ! La presse télé est en émoi. C’est pour la semaine prochaine, mais va falloir s’y préparer. Le CSA devrait d’ailleurs songer à des cellules de soutien psychologique pour les gens comme moi qui ont regardé des années Les Feux de l’amour à 13h45 sur TF1 et qui ne le regardent plus, mais que ça rassure de savoir que ça passe encore tous les jours.

Or, qu’est-ce qui va avoir la peau de ce vieux soap opera ? Une déferlante précoce de téléfilms de noël l’après-midi. Déjà ? TF1 avance la tradition d’au moins trois semaines. Dès lundi : Un cadeau sur mesure, Le pacte de Noël, La fiancée des neiges, L’ange gardien. Notez que M6 fait pareil, en face, à la même heure. Moi qui dis non, non, non aux gosses qui veulent leur calendrier de l’aven sur le présentoir du supermarché parce que c’est PAS la date, voici que les chaînes privées se mettent à l’heure des supermarchés, l’exaspérante guimauve des happy-end de noël en prime.

Je vous ai dit que c’était rassurant de savoir Les Feux de l’amour pérennes, immobiles, sans passé, ni futur, continu, inengendrés, donc éternels. Les feux de l’amour, c’est le Parménide de TF1. Or, quoi de plus flippant que les décorations de Noël avant Noël ? Quoi de plus fragilisant que boules et guirlandes dans la moiteur humide d’un mois novembre ? Quelle expression plus futile, certes, mais plus triste du temps qui passe trop vite et dont nous nous sentons dépossédés ?

Pourquoi ? Pourquoi TF1 laisse-t-elle Héraclite triompher de Parménide ? Pourquoi le téléfilm de noël est-il plus fort que Les Feux de l’amour ?

J’ai une théorie. C’est la faute au dérèglement climatique. A l’heure où les saisons foutent le camp, les 11 000 épisodes des Feux de l’amour tournés en studio, dans lesquels il ne fait ni moche, ni beau, ni froid, ni chaud, ça n’est plus supportable.

Tout le problème réside dans les fausses cheminées de Genoa City, la fausse ville de ces faux feux de l’amour qui se consument artificiellement. L’hiver, le vrai, ne vient plus. A la télé, donc, de le réinventer. De vous coller du givre sur les vitres et un âtre qui crépite. Le téléfilm de Noël, ce sont des feux, des vrais, pour une génération de téléspectateurs qui a connu les frimas. Et qui aime bien l’idée qu’on va se réchauffer devant la cheminée, devant la télé.

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