Quiconque a assisté à la métamorphose de Matthew McConaughey sur grand écran ne l’oubliera jamais.

L’acteur américain dans son rôle de « redneck » alcoolo-cocaïné, accroc au cul, aux putes et au rodéo. Le beauf texan homophobe dans la plus pure tradition de sa région. Lui, atteint du sida, il n’y croit pas. 1985. Une maladie de fiotte.

Ron Woodrof a réellement existé. Il n’était pas une « pédale dégénérée ». Il mourra pourtant dans les bras de ceux qu’il a tant insultés. Comme eux, il a lutté pour se soigner. Comme eux, il s’est heurté au mur de l’AZT, à son prix mirobolant (10 000 dollars l’année de traitement), à ses effets secondaires ravageurs. D’où son voyage au Mexique, d’où ses médocs alternatifs dont il fera commerce pour le pognon, d’abord. Pour la survie de ses frères d’arme, ensuite. Car tous, ils affrontent la FDA, la Food and Drug Administration qui s’acharne à les faire fermer.

« Dallas Buyer club » est un très beau film sur la virilité, sur son histoire et sur l’histoire de sa représentation dans la culture américaine. Imaginez, le cow boy buriné qui s’associe avec un travesti en manteau de fourrure et talons hauts. « Dallas Buyers club » s’inscrit aussi dans ce que les Amerloques (en l’occurrence, le réal est Canadien; pas grave, on fait comme si) racontent le mieux.

Petit un : Le combat de l’individu contre le milieu dont il est issu. L’Amérique du Nord déteste le déterminisme et ne cessera jamais de vous rappeler la liberté de chacun à s’auto-déterminer.

Petit deux : Le combat de l’individu contre les institutions qui ne protègent que les forts. Et les westerns, et les Clint Eastwood, et les Erin Brockowich…

Dernière chose. Il n’est pas de films nous replongeant dans le passé que nous ne lisions à l’aune du présent. 1985, portrait des années Reagan, mais portrait réalisé et sorti en 2013 sous mandat Obama, en plein dans les discussions sur l’ « Obamacare ». Or, le revoir aujourd’hui, en 2018, c’est guetter la mort annoncée de la couverture santé mise en place par les Démocrates et que Donald Trump a promis de pulvériser. « Dallas Buyers club » est de ce point de vue, un film très politique sur l’accès aux soins, le poids des lobbys pharmaceutiques, les freins administratifs, économiques, mais aussi idéologiques à la mise d’un médicament sur le marché. Un film qui secoue et qui fait pleurer. Ça marche à tous les coups, les histoires vraies.

►► AU PROGRAMME: Dallas Buyers Club, c'est dimanche 26 mars à 22h50 à France 4.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.