Juste avant de célébrer le centenaire de la naissance de Roland Barthes au mois de novembre, ce soir Arte nous propose de l’écouter parler.

Et c’est assez pénible d’écouter Roland Barthes. Parce qu’il détache les mots, qu’il parle bien, qu’il y a de l’exigence dans chacune de ses virgules et aucun effet de ton. C’est lent et c’est plat.

Normal. Quand après-guerre, tout l’espace de la pensée était saturé par Sartre et par Marx, deux philosophies de l’engagement, lui, il publiait « Le degré zéro de l’écriture ». Et se disait le premier à se préoccuper de la responsabilité du langage.

Il y a ça, dans la voix de Roland Barthes : quelque chose gentil et de lointain, en même temps de glissant, d’évanescent, qu’on ne peut mettre aux ordres et qui ne nous en aboie pas. Jamais. Un quant à soi du sujet qui cherche à faire sens. Pas à se faire obéir :

On ne parle plus comme ça, dans les médias. Pour surnager face au brouhaha, on mugit. Comme Michel Onfray chez Laurent Ruquier, tellement conscient des effets comminatoires de sa verve qu’il en abuse. Onfray menace, ses yeux menacent, son calme menace, son aisance menace, sa facilité à trouver les mots menace. Tout est pouvoir dans son utilisation du langage, lui qui, parle mieux que nous tous.

Roland Barthes
Roland Barthes © Radio France

Retour à Roland Barthes, à sa neutralité. Deux de ses anciens élèves, Chantal et Thierry Thomas, ont monté bout à bout des archives de leur maitre. Le commentaire se fait furtif. Le penseur explique sa démarche, son travail. Le résultat est touchant, intelligent, agaçant aussi, car il a fallu couper sec des propos qui méritent tellement de s’écouter dans la longueur. Tant pis, c’est déjà ça de pris. Un moment rare en télé, un moment rare dans nos soirées.

> « Roland Barthes, le théâtre du langage », ce soir sur Arte, à 22h45.

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