Jonathan Hayoun signe un travail d’une grande intelligence sur la muséification d’Auschwitz et les problèmes que cela soulève…

Auschwitz
Auschwitz © Maxppp / Armin Weigel

« Faut quoi ? Que je donne en plus de l’argent pour y entrer ? », demande face caméra une survivante.

Stands à pizza, tours operators qui organisent la visite en 2/3 heures maximum. Prolifération des pavillons avec jardins et paraboles autour du camp, vue sur les miradors et les barbelés. Riverains exaspérés par les groupes, insultant les touristes. Municipalité qui refuse de se plier aux contraintes d’un classement au patrimoine mondial de l’humanité. Après tout, les Polonais y vivent depuis le VIIIe siècle. « Hilter n’a été là que pendant quatre ans », explique le maire.

Jonathan Hayoun signe un travail d’une grande intelligence. La muséification d’Auschwitz soulève des problèmes pratiques, bien sûr - la vie continue - mais aussi éthiques, philosophiques et surtout, politiques. Une guerre des mémoires dont les étapes sont symptomatiques du temps qu’il aura fallu au monde pour ouvrir les yeux sur la Shoah.

Vous souvenez-vous de l’affaire dite « du carmel » ? Un couvent s’était installé dans un ancien entrepôt de zyclon B. Les sœurs y priaient pour en expier les atrocités. Il a fallu la chute du mur pour que la communauté juive se révolte et l’intervention personnelle de Jean-Paul II pour déloger ces catholiques après 11 ans de virulentes polémiques.

Seulement voilà, jusque dans les années 1990, Auschwitz est en grande partie à l’abandon. Le périmètre réduit, conservé par le gouvernement communiste d’après-guerre, est devenu un lieu symbole du martyre polonais, la glorification d’un pays innocent et résistant. L’extermination des juifs est tue. Le film retrace l’arrivée des visiteurs de l’Ouest, rescapés ou enfants de déportés, qui exhumeront, dans la douleur, les traces très concrètes du génocide. Affrontant, entre autre, les négationnistes qui s’acharnent à faire d’Auschwitz un mensonge de l’Histoire.

Aujourd’hui encore, le nom des victimes exterminées (elles dépassent le million dont 900 000 juifs) n’y figure pas, comme sur ces murs du souvenirs à Paris ou Washington. À Auschwitz, les visiteurs pleurent devant des crématoriums, en ignorant qu’ils foulent de leur pied le plus grand des charniers. On sanctifie la machine à tuer, pas les morts. Un homme s’interroge : « n’était-ce pas ce que voulaient les nazis ? ». Auschwitz, musée impossible.

►► AU PROGRAMME : "Sauver Auschwitz ?", c’est ce soir sur Arte, à 22h40.

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