Le cinéaste français Arnaud des Pallières a lu le livre d’Heinrich Von Kleist lorsqu’il avait 25 ans. Et ce court roman lui a fendu le crâne. Il en a tiré un film épuré, entêtant.

Mads Mikkelsen dans le rôle de Michael Kohlhaas
Mads Mikkelsen dans le rôle de Michael Kohlhaas © Polyband

Superproduction en costume, l’histoire se déroule au XVIe siècle en terre réformée dont on se figure d’avance le vacarme spectaculaire des sanglants combats. Michael Kohlass va à l’inverse. Affrontements chorégraphiés, quasi feutrés. Film silencieux, laissant effleurer, avec une inouïe délicatesse, les bruits de la nature, la brise dans les feuillages, le tintement des sabots, le ruissellement de l’eau. Les costumes empruntent aux tableaux allemands. Les décors accordent une place immense aux extérieurs cévenols et à la lumière, chaude, léchée. Perfection picturale, parole divine.

Michael Koolhass, c’est un genre de Clint Eastwood médiéval

Une faillite de l’Etat à tous les échelons du pouvoir et de l’administration où les privilèges, la fainéantise et la lâcheté condamnent un homme à chercher seul réparation. C’est au nom de la Justice des hommes qu’agit Michael Koolhas, mais c’est en vertu de son action qu’il s’exclura peu à peu de leur communauté. Et Arnaud des Pallières de procéder par visages interposés, là, précisément, où siège notre humanité. Dans Michael Koolhas, on s’empoigne au visage, on se menace de mort droit dans les yeux. Même le regard ne fait plus fonction de rempart. L’éthique a laissé place à une forme de blessure morale dont le système des valeurs s’exonère peu à peu de la morale des hommes.

Et quand je vous dis que le cinéaste scrute les visages où s’opère cette inexorable déshumanisation : il s’agit des gueules, magnétique de Mads Mikkelsen le magnifique, étranges de Bruno Ganz (c’était l’ange des Ailes du désir) ou de David Bennet (c’était l’enfant terrible du Tambour). Gueule ravagée, habitée, enfin, de Denis Lavant qui joue Luther (Qui d’autre que Denis Lavant pouvait jouer Luther ?)

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