Cette adaptation de Shakespeare colle mot pour mot au texte original ; en 1996, elle avait révélé la fougueuse énergie de Leonardo di Caprio. Mais le fil de Baz Luhrmann a vieilli…

Claire Danes et Leonardo DiCaprio dans "Romeo + Juliet de Baz Luhrmann
Claire Danes et Leonardo DiCaprio dans "Romeo + Juliet de Baz Luhrmann © Getty / 20th Century Fox

Et voilà que je me suis dit : «pourquoi ne pas montrer ce Roméo et Juliette très rock’n roll à mes enfants ?» J’ai vite renoncé, tant le film confond frénésie et hystérie. Tant il a vieilli. Tant il était déjà ringard à sa sortie. Tant j’exècre, en fait, tout ce que fait Baz Luhrmann : Moulin rouge et particulièrement Gatsby, une injure à Fitzgerald.

En revoyant _Romeo + Juliet_ (tout est dans le +), j’ai été saisie par un détail qui m’avait complètement échappé il y a 20 ans. Et pour cause, à l’époque, c’était presque une évidence. La télévision est un acteur à part entière de cette transposition. Shakespeare confie, sur scène, au chœur le soin de planter l’intrigue. Baz Luhrmann, lui, insère le générique dans un poste de télé perdu au centre d’un vaste fond noir. Et c’est une présentatrice de JT qui, dans la lucarne, déclame les vers comme si elle relatait un fait divers.

Séquence suivante. Luhrman reprend le prologue. Mais en voix off, cette fois, couvrant un déluge d’images. Les noms des Montaigu et des Capulet y sont enseignes colossales au sommet des buildings. Archives cathodiques se mêlent aux Unes de la presse qui titrent sur « l’affaire » Roméo et Juliette. Le tout agrémenté des hélicos de la sécurité et des chaînes de télé locales dont la spécificité outre-Atlantique est, le « breaking new », couverture en direct des crimes commis en ville.

Enfin, le Prince de Vérone qui, dans la pièce, entérine la mort des amoureux sacrifiés, apparaît dans le film sous les traits du chef de la police de Los Angeles. Sa tirade est située sur les marches du Palais de justice face à une nuée de caméras et de micros. Puis, l’image devient celle que retransmet de l’évènement le petit écran. Retour du poste sur fond noir. Fin du film.

Les années 90, donc. La toute-puissance du média télé, le cœur de la vie quotidienne américaine, son trépidant accélérateur, son miroir déformé, sa mémoire instantanée.

Comment aujourd’hui Baz Luhrmann raconterait-il cette histoire d’ados ? A coup d’écrans, sûrement. Mais les chaînes d’info seraient chassées par les réseaux sociaux. Et dans 20 ans, on regarderait cet autre film en pointant combien, en plus d’être raté, il est daté.

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