Plus trépidant qu’une fiction, plus alléchant qu’une série.

Qui pour rebattre les cartes ?
Qui pour rebattre les cartes ? © France 5

La très bonne idée de Dominique Rabaté est d’avoir joué à fond l’incarnation des quatre opérateurs français par leurs emblématiques patrons : Stéphane Richard à la tête d’Orange, Martin Bouygues de Bouygues Telecom, Xavier Niel de Free, Patrick Drahi de SFR.

Quatre mousquetaires, redoutables, charismatiques, qui se défient, s’injurient, s’attaquent, puis s’allient au gré d’intérêts fluctuants. Le marché s’étant profondément transformé ces dernières années.

Des quatre, Stéphane Richard, ancien opérateur public, joue volontiers la carte du médiateur, seul capable de parler à chacun. Des quatre, Martin Bouygues, l’héritier, apparait comme arc-bouté, dans son ego blessé. Il ne s’exprime pas, d’ailleurs.

Face à eux, les pirates, les imprévisibles, les transgressifs : Xavier Niel et Patrick Drahi. Chacun donnant chaire à une conception, une couleur du capitalisme, comme s’intitule le film de Rabaté. Les quatre saisons, les quatre âges du capitalisme.

Le kaléidoscope de notre histoire économique se reflète ici : partant du capitalisme familial, Bouygues, passant par l’ancien monopole d’Etat (France Télécom devenu Orange), abordant avec Free, la start-up des années 2000, avant d’entrer de plein fouet dans le capitalisme financier qui permit le rachat de SFR sur de la dette.

Pas de modèle préférable d’un point de vue social : une vague de suicides frappe l’entreprise publique. Martin Bouygues licencie 40% de salariés dont il connaissait les noms et les visages, se versant parallèlement 100 millions d’euros de dividendes. Xavier Niel fait la chasse au gras jusqu’à l’obsession. Patrick Drahi emprunte encore de l’argent pour reverser d’énormes intérêts à ses actionnaires dont lui-même. Face à eux, le fantoche, hâbleur et impuissant, Arnaud Montebourg.

Là aussi, il fallait bien incarner les pouvoirs publics, condamné au rôle de spectateur du combat de titans. Faut dire que le spectacle est à la hauteur. Blitz Krieg, poker menteur, entente tacite, coup de traître et coup de maître. Cette guerre des télécoms, nous l’avons vécue comme consommateur. Derrière les prix, il est un champ dont les batailles nourrissent une dramaturgie palpitante. Quant à la voix qui fait le lien entre interviews et archives, c’est celle de Patrick Cohen. Il raconte bien ce que le business et les hommes ont de fascinant et d’effrayant.

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