Je regarde des heures de programmes pour préparer l’Instant M et pire, pour nourrir cette chronique. Et, je me suis rendue compte, que je parlais toute seule devant mon écran : « Oh non, ça va pas recommencer ! Ohlala non ! Non ! » . Voilà ce que je dis à ma télé, sous les yeux médusés de mon équipe ou, plus grave, de mes enfants.

Vieille télévision
Vieille télévision © corbis

Et pour cause, dans la télé, y a une voix qui me parle tout le temps. A longueur de magazines, de documentaires, de reportages, de télé-réalité, d’émissions de cuisine et de journal télé . Une voix – la même sur toute les chaînes - qui parle bizarrement, pas du tout comme dans la vie : « Et maintenant… direction… le centre-ville ». « Et là… tout s’accélère… ». « Marie-Noëlle… accepte… de nous parler » (la dame est déjà en train de parler devant la caméra et on voit bien que personne ne l’y force). « Véronique Jannot… ne peut retenir… ses larmes » (bah oui, abruti, ça fait déjà quatre plans qu’elle sanglote !) A quoi bon nous le dire ? A quoi bon raconter sans interruption ce qui vient d’être montré ?L’image a-t-elle à ce point perdu sa vertu que la télé fasse de la radio ? Le téléspectateur est-il demeuré ? Incapable de se concentrer ? Rongé par un besoin compulsif de zapper ? Fait-il autre chose pendant que la télé est allumée pour que cette sale voix, qui décrit faits et gestes, et même qui répète les mots tout juste prononcés par quelqu’un dans l’image, ait envahi presque tous les programmes ? Bien peu y échappent.

Parfois, pour L’Instant M , je cherche des extraits et je ne trouve pas de séquences ou d’archives de plus de 35 secondes sans ce sacré commentaire qui uniformise tout, qui tue la notion même de mise en scène, qui anéantit le lien entre le téléspectateur et l’image. Journalistes, producteurs et patrons de chaines : Taisez-vous ! Vous faites de la télévision pour les aveugles. Et ça, c’est la mort de votre média.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.