C’était le 19 juin, explosion d’une mine à Mossoul : Stéphan Villeneuve, n’y survivra pas. Ni lui, ni le fixeur kurde qui le guidait dans les ruelles de la ville, Bakhtiyar Haddad.

Le reporter Stéphan Villeneuve
Le reporter Stéphan Villeneuve © AFP / Photo12 / Marc Charuel

Hommage unanime de leurs confrères à ces reporters aguerris, rompus aux risques de ces régions broyées par l’enfer. Restait Véronique Robert. Grièvement blessée, rapatriée en France, dans un service de pointe.

Vous avez remarqué les attentats de Paris ou de Nice ? On nous annonçait un bilan, tant de morts, tant de blessés. On s’est dit que les blessés risquaient à leur tour de mourir. Et puis non, à moins que ma mémoire l’ait effacé, le chiffre n’a pas bougé. J’ai cru Véronique Robert sauvée. Du moins n’ai-je pas pu croire qu’elle allait y rester.

Vous disposez de 27 chaînes de télévision gratuites, si j’inclue les tranches en clair de Canal+. Avec vos box et paraboles, vous multipliez par 10 le nombre de canaux. Et bien, comptez maintenant. Comptez combien d’entre eux financent du reportage et des documentaires originaux, au lieu d’ouvrir un robinet d’images produites au rabais et diffusées au kilomètre. Comptez, sur votre télécommande, les numéros des chaînes où l’Irak s’invite en prime time en lieu et place du tire-larme ou de la grosse marrade qui ramassent de la pub.

Comptez, ne serait-ce que le nombre de fois, où vos chaines daignent parler de l’international et pas de notre nombril hexagonal. Comptez le temps que passent les JT dans vos régions.

Vous comprendrez que si on donne de moins en moins les moyens aux reporters de tourner au-delà du XVe arrondissement de Paris, inéluctablement, ça devient de plus en plus difficile pour eux de partir très loin.

Comptez le nombre des correspondants à l’étranger qui, dans les rédactions, s’est réduit en peau de chagrin.

Comptez, enfin, combien de cartes de presse ont perdu la vie en Syrie.

Comptez.

Et dites-vous que, sur France 2, Envoyé Spécial, n’a jamais aussi bien porté son nom. L’émission a déjà perdu un envoyé à Homs, en 2012, sous les tirs de mortier, il s’appelait Gilles Jacquier.

Pourtant Envoyé Spécial continue à croire dur comme fer que si la télévision peut, au nom de l’information, tenir tête aux pouvoirs politiques et industriels, elle tiendra aussi tête à la guerre. Et que la guerre, ça ne se laisse pas raconter par les autres, ça ne se regarde pas de loin.

Rien ne vaut le temps et l’enquête de terrain.

Dieu que ces convictions se paient cher, atrocement cher.

Comptez.

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