Un immense documentaire qui sera diffusé samedi soir sur Arte

Immense parce qu’il dure trois heures et demie. Immense parce qu’il est consacré à un chanteur immensément grand et singulier, Bob Dylan. Immense parce qu’il signé d’un géant du cinéma habité par les légendes de la pop musique, Martin Scorcese. Vous pouvez veiller une partie de la nuit pour le voir en entier. Vous pouvez aussi finir de le regarder en replay, dimanche matin. Vous aurez enfin une bonne raison de ne pas aller au marché. Vous n’avez vraiment pas besoin de moi pour savoir que Dylan est génial, mais une bonne raison de ne pas aller au marché, merci Sonia, vous m’en saurez gré.

Dans le Minnesota de son enfance, les hivers sont rudes, on travaillait dur, mais « il faisait trop froid pour se révolter » , raconte Dylan. « Le climat nivelle les hommes, il les prive d’idéologie ». L’ado s’échappe, part à la rencontre des grandes voix de la country et de la folk song. « Ils avaient tous un point commun, se souvient Dylan, un certain regard. Leurs yeux disaient « je sais quelque chose que tu ignores » . Ce jour-là, j’ai passé un pacte avec le diable ».

Et les yeux de Bob Dylan, alors ? Scorcese le filme en plan serré. Visage émacié de 75 ans, sillons creusés, rétines vertes délavée. Il est d’une irrésistible beauté. Il est loin, il est profond, son demi sourire traduit ironie et détachement. « Sans doute l’être le complexe que je n’ai jamais rencontré » , confie Joan Baez qui l’aima follement. Un chanteur qui s’agite sans cesse sur scène, qui bouge, qui règle ses amplis, qui tourne le dos à son public, comme s’il n’existait pas.

Fidèle à ses obsessions, Scorcese montre mieux que personne comment l’Amérique a donné Dylan et comment Dylan a donné l’Amérique. Comment ses chansons se muent en hymnes universels. Comment l’artiste devient le porte-voix de son époque avec des morceaux intemporels. Il y a là des archives qui collent la chair de poule. Le Newport Folk Festival au début des années 60 ou son arrivée à Paris, beaucoup plus tard. Sur le tarmac il avance face à un mur de photographes qu’il affronte, en miroir, son propre appareil à la main. La conférence de presse qui suit est un moment unique. Tout droit sorti d’un film de Godard. Je vous en dis peu, je vous laisse vous coucher tard.

« No direction home – Bob Dylan » c’est samedi soir à 22H20 sur Arte…

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