Après « Depardieu nous fait découvrir la bonne bouffe sur Arte », voici « Depardieu qui partage ses meilleurs bouquins sur France 5 »

Il a beau être un grand acteur, son meilleur personnage c’est quand même lui-même. Et pour la télévision, c’est une aubaine. Il se raconte avec tellement d’astuce et d’emphase que ça marche à tous les coups !

Donc moi je dis : à quand Depardieu dans « Top Chef » ou Depardieu chez les « Ch’ti » ? J’ai l’air de plaisanter – en fait, ça ferait un carton.

Gerard Depardieu
Gerard Depardieu © Radio France

Beaucoup plus sérieusement, François Busnel aime autant les grands livres que les grands lecteurs. Aussi offre-t-il ce soir toute une Grande Librairie à Gérard Depardieu.Idée formidable. Lui qui fut tour à tour Chabert, Cyrano, Jean Valjean ou D’Artagnan. Lui qui a donné son corps à la littérature française comme d’autres à la science.

Le voici donc, face à une table pleine des livres de sa vie. On s’attend à le voir les empoigner un à un pour partager avec gouaille et passion leur langue, leur auteur.

Non ! Trop facile ! Gérard Depardieu, son truc à lui, c’est la digression, les souvenirs qui ricochent, les détails qui l’esclaffent. Busnel le suit d’ailleurs avec une décontraction érudite sachant attraper au vol les instants où – ça y est c’est parti ! - Depardieu dégaine une kyrielle de références éblouissantes.

Cela bouillonne et cela brouillonne. Les Russes ? La littérature de l’innocence ? Spinoza, Christophe Colomb, hop ! Dans le même sac. Duras, femme qui fait parler les silences. La Comtesse de Ségur, femme qui fait parler les sentiments. Mahomet fulgurant, Saint-Augustin et une approche de la théologie, la douleur cachée de Sagan, les résonnances de Peter Handke, son amour immodéré pour Stefan Zweig, les vers de Molière qu’on peut refaire à l’envers !

Et puis, l'émission passe, s'achève, se termine et… pas un mot sur les attentats. Pas un. Pas de posture. Pas de bla bla. Pas « la Culture avec un grand C contre la barbarie avec un grand B » et autres vains postulats qu’à ce stade, je ne peux plus supporter. Juste un mec parti de rien qui dit que les livres lui ont appris à parler et qu’ils lui ont donné un avenir et un passé. Lui qui a grandi chez des gens scotchés au présent. Des mots, un avant, un après. Ca suffit, tout y est.

►►« La Grande Librairie », ce soir sur France 5, à 20H40

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