Sonia Devillers a repéré un montage vidéo sur Internet qui raconte l’angoisse de la page blanche...

Woody Allen, écrivain en panne d'inspiration. Capture d'écran de la vidéo de Ben Watts "Writer's Block" faite le 27/03/2017
Woody Allen, écrivain en panne d'inspiration. Capture d'écran de la vidéo de Ben Watts "Writer's Block" faite le 27/03/2017

Oui, pour le programme télé de ce soir, achetez TéléStar ! Ce court-métrage s’intitule Writer’s Block : quatre minutes super rythmées d’extraits de films.

Vous y verrez tous les grands acteurs du cinéma ayant interprété un écrivain en panne devant son clavier ou son parchemin. Visages absorbés, corps ramassés. Regards engouffrés dans une lutte sans merci contre l’inspiration. Solitude de celui qui cherche les mots. Silence de la séquence traduisant la surchauffe mentale, ses désordres et ses béances.

L’écriture est un muscle. Il m’a fallu quatre heures pour cracher ma première brève de quatre lignes publiée dans les colonnes du Figaro. J’ai raturé 17 accroches pour mon premier article. Fumé 30 cigarettes pour mon satané premier lancement de ma satanée première émission sur Inter. J’ai relu et corrigé une semaine d’affilée mon premier Instant Télé.

A chaque nouvel exercice, ses blocages, ses impuissances, ses fuites devant la page blanche. Domptés à force d’écrire et d’écrire jour après jour. Mais écrire quoi ? Des mots imprimés sur du papier journal qui dès le lendemain finira dans la caisse du chat. Des mots égrainés à la radio, des mots qui passent et ne restent pas. Des mots qui ne font pas œuvre. Déjà fallait-il s’en débarrasser de ces œuvres tutélaires, paralysantes, pour s’autoriser à s’en emparer, des mots. Mais ce n’est pas tout.

Avoir un beau brin de plume est la chose la mieux partagée du monde, encore faut-il avoir quelque chose à dire

... m’a lâché un jour une grande dame que j’admire.

Moi, bien sûr, je n’ai rien à dire. Dire avec un D majuscule, comme dans la Bible. (Avant je vous parlais de western, maintenant je vous tiens chaque lundi matin, le journal de mes angoisses). Je manie la plume, donc, sans rien Dire. Car Dire requiert un travail intense, harassant, sans commune mesure avec ce que je fais. Parce que dire ce n’est pas s’exprimer, pas se raconter. Dire, c’est créer. C’est faire surgir une parole singulière, unique, étrangère, y compris à moi-même, bien que tout entière le fruit de ce que j’aurais à vous dire, si j’avais quelque chose à dire.

Ce n’est pas un hasard si les séquences de cinéma figurant la douleur de l’écrivain au travail sont si nombreuses et nous ont tant marquées. Elles racontent l’effort titanesque de ceux qui « disent » pour nous tous qui avons les mots, mais restons silencieux.

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