Dix ans après les violences urbaines de 2005, voilà un document précieux signé Maurice Pialat

La voix de Maurice Pialat. Sur des images d’un noir et blanc saisissant, le cinéaste - c’est son premier film - imprime sur pellicule une banlieue désincarnée, vidée de ses êtres humains. Ces dix-neuf minutes ne sont pas de la télé, vous me le pardonnerez. A voir sur le site télérama.fr

Enfin, à écouter pour commencer, tant le texte est ciselé. Une phrase, parmi d’autres : « l’ennui est le principal agent d’érosion des paysages pauvres ». C’est quelque chose, non ? Une autre :

Il n’y a ni humour, ni nostalgie dans ce regard posé sur la périphérie. Cette majestueuse poésie est service d’une charge féroce, implacable sur le destin inéluctables de ces êtres mal-nés, loin de la grande ville . Où ? Impossible de se situer, errance perpétuelle de la caméra. On les sait simplement pris au piège des grands ensembles « des casernes civiles », dira Pialat. « Le bonheur dessiné par des bureaux d’études. La publicité qui prévaut sur la réalité ».

Regardé à l’aune d’une situation qui a explosé, ce réquisitoire de 1962 est implacable. Une population vivant tous les matins dans la hantise du retard. Pour qui le travail est une délivrance, après l’enfer des transports. La vieillesse une récompense, le seul âge où l’on vous foute la paix. Oui, mais quelle paix ? Pialat égraine les statistiques. Les jeunes ne pourront pas s’en sortir, les vieux attendent de mourir. « L’amour existe », le titre est cruel et mon dieu… que l’image est belle.

> « L’amour existe », en avant-première sur télérama.fr jusqu’au 28 octobre et en DVD ensuite

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.