Portrait en creux d’un quartier naufragé du Nord de la France, mais petits morceaux de petites vies puissamment universels.

Les enfants du Terril
Les enfants du Terril © Chasseur d'étoiles

Le petit Théo danse en caleçon sur "Les démons de minuit", il grimpe aux arbres, il joue au ballon dans les maisons éventrées de son quartier. Il en a marre de manger des frites. Le mardi, le jeudi, le vendredi, y a les Resto du cœur, comme ça, il a des gâteaux. Il voudrait faire pompier ou cascadeur. S’il a de l’argent, il en donnera à sa maman, 50, 60 euros. Parce qu’elle n’a pas de travail. Sa petite amoureuse fera footballeuse professionnelle car elle a tout le temps un ballon dans les pattes. Ses parents, eux, ils travaillent. Ils vont au stade. Théo, il regarde le RC Lens, assis sur une chaise à 20 centimètres de la télé. Quand les sangs et or ont entonné « Les Corons », je me suis mise à pleurer. Moi aussi, j’ai fini à 20 centimètre de la télé.

Frédéric Brunnquell signe un film rare sur l’enfance et sur l’adolescence, immensément doux, immensément intelligent. Portrait en creux d’un quartier naufragé du Nord de la France, mais petits morceaux de petites vies puissamment universels. Qu’est-ce qui sépare Théo de son grand frère Loïc, tout juste 16 ans? L’âge.

Or, qu’est-ce qui sépare l’enfance de l’adolescence ? La peur. La peur du collège, la peur des autres, la peur de demain, la peur du vide et du trop plein.

Plus jeune, Loïc s’est fait charrier, huer, pousser dans l’escalier. L’école, il ne veut plus y aller. Ces temps-ci, il reste roulé en boule sur son canapé. Y a des jours comme ça. Il se sent triste et fatigué. Il a dit son homosexualité. Le film ne va pas s’attarder. Une histoire comme une autre, en devenir, dans une ville où il n’y a pas d’avenir.

Loïc est grand, frêle, dégingandé. Il est tendre. Il voudrait participer aux « Anges de la télé réalité », parce que les "Anges de la télé réalité", dit-il, "pour tous les jeunes, c’est le moyen de voyager et de réaliser un rêve". En attendant, il parcourt les terrils du bassin minier. Il y a une foule d’horizons, dans ce film, une foule de notes de musique et d’émotion.

Frédéric Brunnquel aime les enfants du Terril et il ne nous montre qu’une chose, des êtres fragiles qui ont envie d’aimer. Pourvu que la vie ne vienne pas les en empêcher.

► LE PROGRAMME | "Enfants du terril : vivre malgré la misère", ce soir à 23h05, sur France 2.

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