Sans le savoir, vous connaissez, nous connaissons tous, un morceau de cithare autrichienne. Cette petite harpe plate, généralement posée sur les genoux d’un monsieur en culotte de peau, un edelweiss épinglé au chapeau. Bref, pas vraiment notre répertoire…

Mais cette entêtante ritournelle a été un tube planétaire . Onze semaines en tête du hit-parade américain, au printemps 1950. Elles sont signées Anton Karas, un ours mal léché, d’origine hongroise, pauvre comme job, exhibant son instrument dans les restaurants viennois.

Or, Carol Reed tourne à Vienne le chef-d’œuvre absolu que ARTE diffuse ce soir, « Le Troisième homme ». Orson Welles, Joseph Cotten, Trevor Howard, pris dans les mailles d’une ville disloquée par la guerre. Décor urbain fascinant, éclairages obliques, ombres portées, magistrale photographie en noir et blanc pour ce thriller qui s’achève dans les égouts de la cité. Cette course-poursuite de l’eau jusqu’au genou est plus que célèbre.

Les yeux globuleux d’Orson Wells, l’intensité obsédante de son regard, ont crevé l’écran. Mais que serait « Le Troisième homme » sans les cordes pincées d’Anton Karas ? Timide, mal à l’aise, le musicien commence par refuser la proposition du réalisateur. Mais celui-ci persiste et fait venir Karas en Angleterre où il se sent encore moins à sa place.

On raconte qu’il s’enferma quatorze heures par jour pendant douze semaines pour livrer la bande son du « Troisième homme », prête in extremis pour la sortie du film en 1949. Après quoi, Anton Karas devint mondialement célèbre. Auteur, donc, du seul et unique morceau de cithare autrichienne connu d’un bout à l’autre de la planète !

> « Le Troisième Homme », film réalisé par Carol Reed, c’est ce soir sur ARTE à 20h55

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