Ce soir, mesdames, jupe droite à mi-mollet, talons bobine et lunettes fumée, la nuit. Smoking blanc très ajusté et chemise noire, pour vous, messieurs.

Tournage du film "La dolce vita" de Federico Fellini : la scène du bain d'Anita Ekberg et Marcello Mastroianni dans la fontaine de Trevi. 1960
Tournage du film "La dolce vita" de Federico Fellini : la scène du bain d'Anita Ekberg et Marcello Mastroianni dans la fontaine de Trevi. 1960 © AFP / Farabola/Leemage

Ce soir ette danse dont j’ai toujours rêvée, mais je me couche trop tôt et je suis né trop tard.

Ce soir, les enfants verront la Madone et toute l’Italie criera au miracle.

Ce soir, l’oisiveté deviendra un art. Vous raccompagnerez une prostituée et lui demanderez sa chambre pour y faire l’amour avec une âme sœur en perdition. Ce soir, vous demanderez en mariage une femme dans un château en ruine. Elle ne vous entendra pas. Elle embrasse déjà un autre homme. Ce soir, strip-tease dans une villa au bord de la mer. Ce soir, orgie, décapotable roulant à toute allure dans les rues de ville éternelle. Ce soir, des pêcheurs hisseront sur le rivage un énorme poisson mort. Ce soir, Rome deviendra le nouvel Hollywood.

Ce soir, la Via Veneto entièrement reconstituée, studio iconique de Cinecittà.

Ce soir, le néoréalisme vire à l’onirisme visionnaire. Ce soir, les seins d’Anita Ekberg. Ce soir, une femme habillée en cardinal, hommage à Ava Gardner. Ce soir, désespoir. Ce mouvement perpétuel qui conduit de jouissance en folie ne débouche que sur l’impossibilité d’aller quelque part. Ce soir, démesure, un christ immense transporté en hélicoptère. Ce soir, minuscule misère intime. Peur du lendemain, peur de soi, peur d’un désir qui ne se perdrait pas, mais se transformerait en œuvre d’art. Ce soir, la chaire est partout, mais les night-clubs sont peuplés de fantômes.

Ce soir, Frederico Fellini invente le mot « paparazzi », contraction de « pappataci », petits moustiques, et « ragazzi », jeunes hommes. Ce soir, les gloires sont éphémères, traquées par leur propre image. Ceux qui les chassent rêvent, pourtant, d’autre chose : d’âpreté du travail, de solitude du créateur, de tyrannie du surmoi. Sans quoi la vie est trop douce, laissant surgir au coin de ses plis paresseux, l’absurde et la poésie. Ce qui ne suffit pas à faire sens.

La douceur est assassine. Si vous n’avez jamais vu La dolce vita, vous avez une chance immense.

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